Le président Rodrigo Duterte a annoncé mercredi le retrait des Philippines du Statut de Rome, traité instituant la Cour pénale internationale. Une décision, note The Manila Times, qui fait suite à l’annonce en février d’un examen préliminaire diligenté par la CPI au sujet de la guerre contre la drogue menée dans le pays depuis la prise de fonction du chef d’État. Cette procédure qui précède une enquête a été lancée après une plainte déposée par un avocat des droits de l’homme et deux parlementaires de l’opposition.
Duterte a estimé que l’instance internationale “était utilisée comme un outil politique”. Il a assuré être la cible d’attaques infondées, sans précédent et outrancières, [menées] contre lui et son administration”. Et le quotidien remarque que le président philippin a enfoncé le clou : 
[Il dit que] les actes qui lui sont attribués ne sont pas des crimes de guerre ni de génocide. Il a répété que les morts liées à la guerre contre la drogue étaient le résultat d’opérations légitimes de la police.”

Acte de légitime défense

À ses yeux, les officiers de police ne font que riposter pour se protéger face aux réactions violentes des suspects. “Des circonstances qui sont jugées légitimes dans notre Code pénal et ne peuvent donc entraîner des poursuites”, a-t-il ajouté.
La police estime avoir tué 4 000 personnes en lien avec des affaires de drogue. Mais, pour les organisations de défense des droits de l’homme, le bilan est trois fois plus élevé, rappelle The Manila Times. 
Pourtant, Rodrigo Duterte “ne pourra pas échapper” à l’enquête de la CPI, même après l’annonce de ce retrait du Statut de Rome, estime dans le Philippine Daily Inquirer Antonio Tinio, un membre de la Chambre des représentants. Selon l’article 127 du traité, cité par le parlementaire, un retrait “ne rentre en vigueur qu’un an après l’annonce de la décision”.
“En clair, précise Tinio, du fait qu’elle a déjà entamé une procédure concernant la guerre contre la drogue du président Duterte, la CPI a toute autorité pour continuer à instruire ce dossier et le gouvernement philippin a l’obligation de coopérer dans l’enquête, en dépit de la notification de son retrait du Statut de Rome.”
“Que cela lui plaise ou non, [Duterte] sera poursuivi”, lance le parlementaire au journal