Auteur : Serge Boyer, professeur agrégé d'histoire-géographie ; activités : IUFM, auteur de manuels scolaires, d'articles dans la revue "Espace Prépas" ; participat° aux jurys de CAPES, ECRICOME, TBS et GEM ; en CPGE dep 2009. Auteur du manuel de 1ère année sorti en mai 2017 (Studyrama) et réédité en 2021 comme le Dictionnaire Illustré ainsi que de deux manuels de commentaires de cartes (épreuve Ecricome). Chargé de cours à la TSE et de TD à l'Université J.Jaurès.
La République populaire entend asseoir son influence sur des ilôts inhabités mais stratégiques de la mer de Chine.
Une île artificielle en forme de porte-avion. La Chine
est en train d'agglomérer des milliers de tonnes de terre sur un récif
corallien afin de le transformer en piste d'atterrissage. L'objectif:
asseoir sa domination sur une zone stratégique très disputée, la mer de
Chine.
Jusqu'à présent, la majeure partie de l'île de Fiery
Cross, ou Yongshu, en Chinois, se trouvait sous l'eau, à l'exception de
quelques rochers et d'une surface de béton artificielle, servant à
héberger une petite garnison de soldats. Des images satellites, analysées par des experts anglo-saxons de l'IHS,
ont montré que depuis quelques mois, des navires chinois draguaient les
fonds environnants. Les images ont également montré que ces derniers
rassemblent les sédiments sur la barrière de corail, afin de faire
émerger des eaux une piste de 3000 mètres de long sur 300 mètres, au
plus, de large. Un port, à l'est de l'île, serait également en train
d'être créé par les dragues chinoises. Il serait suffisamment grand pour
«accueillir des pétroliers ou de grands navires de guerre», selon les
experts de l'IHS. Yongshu
est située dans l'archipel des Spratleys, un territoire en plein milieu
de la mer de Chine dont les récifs confettis, d'une superficie totale
de 5 km2, sont répartis sur une zone de 410.000 km2. Quelques bouts de
terre disputés entre le Brunei, la Malaisie, les Philippines, Taïwan et
la Chine, dernière puissance à ne pas disposer de piste d'atterrissage
dans les environs.
Une zone très stratégique
Dans un rapport,
le ministère de la Défense français rappelle que les prétentions de
Pékin sont fondées sur des arguments historiques: «La Chine prétend que
des pêcheurs chinois fréquentent la mer de Chine du Sud depuis des
époques aussi reculées que la période des Trois Royaumes (220-265).»
Selon le rapport, il faut en réalité attendre les années 1980 pour
qu'elle s'intéresse réellement à ces îles perdues. En 1987, la Chine en
occupe 7. Cinq ans plus tard, elle revendique la totalité de l'archipel.
Si la
Chine s'y intéresse autant, ce n'est pas en souvenir de quelques
pêcheurs ancestraux. Cette zone, inconnue du grand public, est d'un
intérêt géostratégique majeur. Elle est le point de passage entre
l'Océan indien et l'Océan pacifique et permet la communication de
l'Europe et de l'Asie orientale. Près d'un tiers du trafic maritime
commercial du monde y passe, 90% de celui de la Chine. La Corée du Sud,
le Japon et Taïwan y font transiter plus de la moitié de leurs
ressources énergétiques. Si les éventuelles réserves de pétrole semblent
pour le moment limitées, celles de gaz semblent au contraire très
importantes: la zone pourrait comporter 13% des réserves mondiales,
selon le rapport du ministère de la Défense.
Le précédent des Paracels
Outre
l'évidente menace que représente la militarisation chinoise, la
création de cette nouvelle terre vient asseoir la revendication de
souveraineté chinoise: au regard du droit international, l'attribution
d'une zone économique exclusive est déterminée par la possession d'un
territoire côtier.
La Chine reproduit ici une tactique déjà
éprouvée un peu plus au nord, dans l'archipel inhabité des Paracels,
situé en face du Vietnam, qui revendique également ces territoires.
Pékin y a créé une piste et un port. Dans les années 1970, un bref
engagement entre la Chine et le Sud-Vietnam avait coûté la vie à 70
marins et envoyé par le fond trois navires vietnamiens. Seulement, après
cet épisode, la présence chinoise avait été confortée dans l'archipel.
En mai 2014, la Chine se servait de cette base territoriale pour
justifier l'installation d'une plate-forme pétrolière dans les eaux des
Paracels, entraînant une importante crise diplomatique avec le Vietnam.