Le sort des urnes
Mars 2017, le mandat du brésilien Roberto
Azevedo à la tête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est
reconduit pour quatre ans. Il était le seul candidat à sa succession à
la présidence de cette institution aujourd’hui malmenée dans le cadre
d’une remontée du protectionnisme.
Les 27 pays membres de
l’Union européenne
(encore officiellement à 28 mais avec un Royaume-Uni sur le départ) ont
reconduit Donald Tusk à la tête du Conseil européen malgré l’opposition
de son pays d’origine, la Pologne.
En Irlande, le parti
nationaliste Sinn Feinn, qui prône la réunification de l’Irlande,
obtient près de 28 % des suffrages exprimés lors des élections
législatives de mars 2017, juste derrière le parti unioniste.
La Corée du Sud destitue sa présidente pour corruption. Des élections présidentielles devraient se tenir au mois de mai 2017.
En Inde,
les élections régionales – notamment celle de l’Uttar Pradesh très
peuplé - renforcent le pouvoir du parti nationaliste hindou – le BJP –
du premier ministre Narendra Modi.
Les élections législatives des
Pays-Bas reconduisent le premier ministre libéral sortant, Mark Rutte, il devance le parti populiste
Partij voor de Vrijheid
(PVV) de Geert Wilders qui a réussi une vraie percée, mais pas
suffisante pour le conduire au pouvoir comme il pouvait l’espérer. Paris
et
Berlin
se sont empressés de congratuler M. Rutte, ne cachant pas leur
soulagement dans le cadre du Brexit et des élections à venir tant en
France qu’en Allemagne.
En Allemagne, le parti conservateur
d’Angela Merkel, la CDU-CSU, sort renforcé du scrutin organisé dans la
Sarre avec une nette avance sur les socialistes du SPD.
En
Bulgarie, le parti de Centre-droit de Boïko Borissov remporte les
élections législatives de mars 2017, sans pouvoir pour autant gouverner
seul.
A Hong-Kong, cité-État revenue dans le giron de la
République populaire de Chine
à la fin des années 1990, la candidate de Pékin, Carie Lam, a été élue
sans aucune surprise et deviendra la nouvelle chef de gouvernement. Cela
ne fait qu’illustrer la mainmise croissante de la Chine populaire,
contre laquelle s’est élevée la « révolution des parapluies » à
l’automne 2014.
Quelle Union européenne ?
Jean-Claude Juncker, président de
la Commission européenne, dessine en mars 2017 dans son
Livre blanc, un avenir possible pour
l’Union post-Brexit qui pourrait passer par une Union européenne à plusieurs vitesses.
Une UE qui maintient ses politiques communes, au sein de laquelle
chaque membre serait libre d’approfondir la politique de son choix. Ce
scénario a déjà été évoqué quelques semaines plus tôt par François
Hollande ou Angela Merkel. Autre avenir possible, celui où l’Union
laisserait davantage de champ aux États-nation. F. Hollande défend une
Europe à plusieurs vitesses pour éviter
« qu’elle n’explose ». Celle-ci aurait un noyau composé,
a minima
de l’Allemagne, de l‘Espagne, de l‘Italie et de la France. Les pays
d’Europe centrale et orientale ne partagent absolument pas cette vision
de l’Europe communautaire : certains y verraient un « apartheid ».
La
santé de l’économie grecque continue à se détériorer. La contraction du
PIB au dernier trimestre 2016 ne permet plus d’afficher une croissance
positive pour l’année 2016, et les prévisions pour 2017 – 2.7% espérés –
sont d’ores et déjà caduques. La thérapie ne serait-elle pas la bonne ?
La
Suède rétablit son service militaire. Cette décision est motivée par de
nouvelles inquiétudes liées à politique russe. La Pologne annonce,
elle, son retrait de l’Eurocorp.
La
procédure d’activation de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne,
le Brexit, est enfin activée le 29 mars 2017, un jour qui désormais
fait date pour l’Europe communautaire.
En mars 2017, après l’interdiction de meeting en faveur du referendum d’Ankara en Allemagne,
le président Erdogan qualifie de « nazies » les mesures prises par Berlin.
Cette réaction outrancière révèle non seulement
une dégradation des relations
entre les deux pays, mais aussi le fait que la réussite du referendum
qui doit consacrer les pouvoirs présidentiels au détriment du poste de
premier ministre, semble moins assurée que prévue : Erdogan compte sur
les votes de la nombreuses communautés turques vivant en Allemagne. Les
Pays-Bas ont aussi pris des mesures contre un rassemblement pro-AKP et
ont interdit l’atterrissage de l’avion transportant le chef de la
diplomatie turque, alors que l’Autriche demande à l’Union européenne de
réagir. La France, elle, accueilli à Metz pour un meeting électoral le
ministre des Affaires étrangères turc, rompant le front européen. Tout
cela se passe sur fond de chantage concernant le contrôle des flux
migratoires.
La procédure d’activation de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, le Brexit, est enfin activée
le 29 mars 2017,
un jour qui désormais fait date pour l’Europe communautaire. C’est dans
ce contexte que l’Écosse veut demander un referendum sur son
indépendance, elle qui s’était majoritairement prononcée pour le « in ».
Les indépendantistes catalans
veulent aussi organiser un referendum d’autodétermination de leur
région. Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, estime que cela
serait contraire à la constitution espagnole. Il faut d’ailleurs
remarquer que la population catalane est très partagée concernant une
sortie de l’Espagne, d’autant qu’elle ne garantit pas un maintien dans
l’Union européenne... ce qui est aussi valable pour l’Écosse. Le Brexit
pose de nombreuses questions, les conditions de sortie du Royaume-Uni
mais aussi celle de la participation britannique à la défense
européenne, pour l’heure bien mal en point.
Durant ce mois de
mars 2017, un nouvel attentat a été perpétré sur le sol européen. Une
voiture bélier a fait plusieurs victimes et des dizaines de blessés dans
le quartier londonien de Westminster.

- Exemplaire original du traité de Rome, 1957
- Le
25 mars 2017, l’Union européenne commémore le 60e anniversaire du
traité de Rome. Le 29 mars 2017, le Royaume-Uni, membre depuis 1973,
active la procédure de retrait de l’UE, suite au référendum en faveur du
Brexit en juin 2016.
L’Europe communautaire a 60 ans
L’Europe
communautaire fête, sans allégresse, ses 60 ans. Le 25 mars 1957 a été
signé le traité de Rome, il lance l’aventure communautaire pour éloigner
le spectre de la guerre mais aussi par peur de l’Union des Républiques
socialistes soviétiques (URSS). Le 25 mars 2017, 27 des États membres se
retrouvent à Rome, sans le Royaume-Uni puisqu’il est présumé sur le
départ. Si nous sommes bien loin des seulement Six États fondateurs,
l’Europe communautaire n’en est pas moins désenchantée comme en témoigne
une Pologne qui ne décolère pas et rechigne à parapher la déclaration
rénovée de l’Europe communautaire du fait du scénario d’une Europe à
plusieurs vitesses alors que la Grèce veut que les droits des
travailleurs y figurent.
Dans cette Europe du Brexit, la
désaffection des opinions est palpable. L’Europe communautaire est
enlisée au milieu du gué. Ainsi, alors que le premier ministre japonais,
Shinzo Abe, propose de conclure un accord de libre-échange avec l’Union
européenne, les viticulteurs du Languedoc réclament des mesures
protectionnistes à l’encontre du vin espagnol, et la « clause Molière »
veut rendre l’usage du français obligatoire en France sur les chantiers
relevant d’une commande publique. L’écart semble grandissant entre les
Européens et les instances communautaires. Certains, comme Jean-Pierre
Chevènement, demandent à revoir le contrat de l’Europe.
La guerre continue au Proche et Moyen-Orient
En
mars 2017, la guerre au Yémen se poursuit. Ainsi, 45 000 civils ont
fuit le port de Mokha, déjà théâtre de combats sanglants. Les
bombardements américains s’intensifient au Yémen.
Au
Proche-Orient,
l’armée syrienne a repris la ville antique de Palmyre qui était aux
mains de Daech, alors qu’Al Qaida confirme la mort de l’égyptien Abou Al
Khayr al Masri, le numéro deux de son organigramme. Il a été tué dans
la province d’Idlib par un drône de la CIA. Les attentats qui ont causé
la mort d’environ 74 personnes – essentiellement des chiites – à Damas
ont été revendiqués par Al- Qaida. En Égypte, Hosni Moubarak, ancien
président, a été acquitté par la Cour de cassation pour la mort de
centaines de manifestants lors du « printemps arabe » (2011). Il a été
remis en liberté. En Irak, alors que la reconquête de Mossoul est
particulièrement âpre, les attentats continuent à ensanglanter le pays.
Ce conflit entre dans sa septième année... et près de 400 000 civils
sont coincés dans la vieille ville de Mossoul où les combats font rage.
Au
Koweït, un pont long de 36 km se construit pour profiter de la
dynamique impulsée par la « nouvelle route de la soie » voulue par Xi
Jinping.
Toujours des tensions en Asie... mais aussi des perspectives d’avenir
En Asie, après des manœuvres des armées américaines et sud-coréennes,
la Corée du Nord
a envoyé en mars 2017 quatre missiles à quelques centaines de
kilomètres des côtes japonaises. Cette escalade des tensions nourrit
l’inquiétude dans la région.
La Chine
lance des campagnes de boycott de produits sud-coréens en raison du
déploiement par Séoul du bouclier anti-missiles américain Thaad (
Terminal High Altitude Area Defense).
Elle prend, en outre, au sérieux les menaces proférées par Daech qui
promet des « rivières de sang » dans la province Ouïghoure et musulmane
du Xinjiang par laquelle passerait la partie terrestre de la « nouvelle
route de la soie » portée par Pékin.
Les violences dans les
provinces nord de la Birmanie provoquent l’exode de civils. Environ 20
000 d’entre eux se seraient réfugiés dans la Chine voisine.
La Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII),
créée en 2015 sous l’impulsion de la Chine, vient d’accueillir 13
nouveaux membres dont le Canada, la Belgique, l’Irlande, la Hongrie, le
Pérou et le Venezuela. Les États-Unis et le Japon se tiennent résolument
éloignés de ce qui peut être considéré comme un « anti-FMI » et finance
en partie les « nouvelles routes de la soie ».
En Amérique...
Le
couple Obama a signé en mars 2017 un mirobolant contrat pour écrire,
chacun, un livre sur leur passage à la Maison Blanche. La maison
d’édition Penguin devrait leur verser 65 millions de dollars, un
record : G. W. bush a touché 10 millions pour son
Decision Points,
et Bill Clinton, lui, 15 millions. Ce dernier et son épouse auraient,
cependant, gagné quelque 153 millions de dollars pour 729 conférences
tenues depuis leur départ de la Maison Blanche. Des retraites dorées...
Le
décret Trump anti-réfugiés a été légèrement amendé en mars 2017, dans
la forme pour être conforme au droit, mais sur le fond les changements
sont minimes. Il concernera toujours les ressortissants de l’Iran, de la
Libye, de la Somalie, du Soudan, de la Syrie, du Yémen, mais plus de
l’Irak et ne concernera plus les possesseurs d’une carte verte ou d’un
visa. Dès avril 2017, la possibilité offerte aux immigrés très qualifiés
de bénéficier d’un visa HIB sous 15 jours sera suspendue au grand dam
de la Silicon valley qui en a besoin. Pourquoi ? L’idée est de donner un
coup d’arrêt à une immigration indienne qui vient concurrencer les
salariés américains pour des salaires moindres.
D. Trump ne
pourra pas tenir sa promesse électorale concernant l’Obamacare, les élus
démocrates et une partie des Républicains se sont opposés en mars 2017 à
son abrogation. C’est un nouveau camouflet pour la Maison Blanche. Le
président Trump déclare qu’il compte sur un effondrement de l’Obamacare
de lui-même
L’administration Trump annonce en mars 2017 un
vaste plan de relance, que le président évalue 1 000 milliards de
dollars. Il s’agit de donner du travail aux Américains tout en équipant
le pays avec une politique de grands travaux d’inspiration keynésienne.
Reste la question des financements.
Le nouveau président
américain n’a pas fait mystère de sa volonté de revenir sur les accords
de libre-échange auxquels participe son pays. Les ministres mexicain de
l’Économie et canadien du commerce ont fait savoir à Donald Trump que la
renégociation de l’ALENA (accord de libre-échange nord-américain)
devrait être trilatérale, et non pas décidée à Washington. Le G20 s’est
réuni à Baden-Baden, où l’administration américaine a fait savoir
qu’elle voulait un commerce « équilibré et équitable ». Le communiqué
final du G20 ne fait donc pas mention de lutte contre le protectionnisme
et ne fait pas davantage mention, faute d’accord, d’un financement de
la lutte contre le changement climatique. Le président américain annonce
le réexamen des engagements pris par son prédécesseur sur le climat. Le
processus pourrait, cependant, prendre quelque temps.
La famine reste une menace dans le monde de 2017
La famine menace de nouveau. Elle concerne en mars 2017 plus de trente millions de personnes au Yémen,
au Sud-Soudan, en Somalie et au Nigéria.
Alors
que l’Éthiopie commence à faire figure de pays émergent, un terrible
éboulement dans une décharge dans la banlieue d’Addis Abeba a causé la
mort de plus de 70 personnes.
De nouvelles révélations...
Wikileaks
révèle que la CIA emplois quelques 5 000 hackers et un bon millier de
cyber-armes tels des malwares, des chevaux de Troie... La CIA a ainsi la
capacité de pénétrer dans tout objet connecté utilisant Android ou IOS,
dans n’importe quel terminal informatique connecté ou non, elle peut
utiliser les télévisions Samsung et les transformer en micro et
espionner... ce n’est même plus de la science fiction !
… mais aussi de bonnes nouvelles
Des
archéologues ont découvert en mars 2017 une statue sous les eaux,
probablement de Ramsès II un des pharaons les plus emblématiques de
l’Égypte. Cette statue mesure huit mètres.
La Banque mondiale
accorde, au Maroc, un prêt de 150 millions de dollars pour soutenir les
start up innovantes et donc la création d’emplois pour « renforcer
l’inclusion sociale et économique » du royaume. Elle mobilise aussi sur
un plan d’investissement de 57 milliards de dollars sur la période
2017-2020 pour le développement de l’Afrique sub-saharienne mais aussi
pour la prévention des conflits qui y restent nombreux.
Un
Fonds bleu vient d’être créé pour protéger et mieux mettre en valeur le
bassin du Congo, autre « poumon de la Terre » avec l’Amazonie. Il
concerne, autour du Congo, une dizaine de pays comme le Cameroun, la
République démocratique du Congo, le Gabon, l’Angola ou la Zambie, mais
encore le Rwanda ou le Burundi. Cette région a été ensanglantée par la
« guerre mondiale africaine » définie par Colette Braeckman, un conflit
qui a fait plusieurs millions de victimes après le génocide des Tutsis
du Rwanda. La région a bien besoin d’un nouveau souffle.
Copyright Mars 2017-Degans/Diploweb