vendredi 10 septembre 2021

Un nouveau gouvernement au Liban (source : site Brief.me, newsletter du 10 septembre + documents illustratifs de la revue Moyen-Orient n°51, été 2021)

 


Un nouveau gouvernement nommé au Liban

 Qui fait partie du nouveau gouvernement ?

Un nouveau gouvernement a été formé aujourd’hui au Liban, a annoncé la présidence du pays. Le pays traverse une importante crise politique et n’avait plus de gouvernement depuis août 2020, lorsque le cabinet de Hassane Diab a démissionné après l’explosion meurtrière survenue dans le port de Beyrouth, la capitale. Après plusieurs tentatives de négociations infructueuses, le président, Michel Aoun, a chargé en juillet l’ancien président du Conseil (équivalent du Premier ministre) Najib Mikati de former un cabinet. Le nouveau gouvernement, dont les postes sont répartis à égalité entre chrétiens et musulmans, est composé de 22 ministres, dont une femme, d’un vice-président du Conseil et d’un Premier ministre, Najib Mikati. Fondateur avec son frère d’un fonds d’investissement, il est la personne la plus riche du Liban, selon le classement du magazine américain Forbes.

 Comment fonctionne le système politique libanais ?

Le système institutionnel libanais est basé sur un « pacte national » non écrit, conclu en 1943, qui s’appuie sur le recensement de 1932, selon lequel le président libanais doit être un chrétien maronite, le président du Parlement un musulman chiite et le Premier ministre un musulman sunnite. « Le processus de formation des gouvernements est le plus souvent apparu extrêmement laborieux », estimait Bruno Lefort, chercheur associé à l’Institut français du Proche-Orient, à Beyrouth, dans un entretien publié en 2020 sur le site Les Clés du Moyen-Orient. Il jugeait le système confessionnel libanais « profondément en crise ». En mars, l’ancien Premier ministre Saad Hariri, qui était chargé de composer un nouveau gouvernement et prônait une équipe de spécialistes non partisans pour mener les réformes, a accusé le président libanais d’imposer une répartition « confessionnelle et partisane » des ministères.

 Où en est la crise économique que traverse le Liban ?

Le Liban fait face à une grave crise économique et sociale depuis fin 2019. La valeur de la devise du pays, la livre libanaise, s’est effondrée et l’inflation a atteint quasiment 85 % en 2020 contre 3 % l’année précédente, selon la Banque mondiale, un organisme de financement du développement. L’institution estimait en juin que la crise économique et financière traversée par le Liban pourrait être l’une des « trois crises mondiales les plus sévères depuis le milieu du XIXe siècle ». Le pays connaît d’importantes pénuries d’essence, d’électricité et de produits de base depuis quelques mois, qui s’expliquent en partie par le fait que « l’essence, les médicaments et beaucoup de produits de base étaient subventionnés par l’État », explique Karim Émile Bitar, directeur de recherche à l’Iris, un centre de réflexion géopolitique, dans un article publié par L’Express en août. « L’État libanais, étant aujourd’hui en faillite, n’est plus en mesure de subventionner ces produits de base », poursuit-il.


POUR ALLER PLUS LOIN



Notre dossier de septembre 2020 sur l’instabilité politique au Liban.



Un reportage sur la crise économique au Liban diffusé en juillet par Brut.

jeudi 26 août 2021

DEVOIR SUR TABLE N°1 du SAMEDI 4 SEPTEMBRE

 TYPE : ESCP mais partiel avec rédaction de l'introduction de la dissertation et la réalisation du croquis (légende et croquis lui-même)

DUREE : 3 h

Ce choix de durée est liée aux remarques de qques étudiants qui ont parfois besoin de finaliser leur installation lors des premiers jours. Vous libérer vers 11h est donc une solution.

RAPPEL DES CONSIGNES :

sur le chapitre 13 (La mondialisation en débat) avec relecture de l’ensemble du module II (contexte éco chap 9 -10 et géopol chap 11 et évidemment le chapitre 12). On ne peut comprendre l'altermondialisme et l'altermondialisation sans connaître les ressorts historiques, économiques, idéologiques et politiques de la mondialisation.

 

mercredi 16 juin 2021

CONSIGNES ESCTIVALES (article à venir)

 

ECS2 Lycée Ozenne –juin 2021       CONSIGNES ESTIVALES EN HISTOIRE, GEOGRAPHIE ET GEOPOLITIQUE :

 

« La rentrée ne doit pas en être une », Benjamin Musial (préparationnaires d’Ozenne 2016-18, a intégré TBS en sept 2018). 

*       PROGRAMME : géodynamiques des 4 continents ; progression de l’année prochaine : Moyen-Orient, Asie, Amérique, Afrique et Europe et. A noter les 7 puissances au programme : Etats-Unis, Brésil, Chine, Japon, Inde, France et Russie. 

 

*      OUVRAGES A ACHETER OU ABONNEMENTS :

O Achat d’un ouvrage à lire dans l’été parmi deux :

1         Thomas GOMART, Guerres invisibles. Nos prochains défis géopolitiques, Tallandier, 2021. Prix 20.9 euros.

2         Fared Zakaria, Retrour vers le futur. 10 leçons pour demain, Saint-Simon, 2021.

A lire tranquillement cet été, même sous une tonnelle ou à la plage.

O autres lectures possibles :

-          Bruno Tertrais, Le choc démographique, O.Jacob, 2020 ;

-          Hubert Védrine, Dictionnaire géopolitique amoureux.

O abonnement conseillé à une revue dès fin juin-début juillet : le choix est possible entre 4 revues

1 COURRIER INTERNATIONAL : hebdomadaire non spécialisé en géopolitique, mais présente une vision mondiale de l’actualité (6.9 euros/mois en version numérique ou 9.9 euros/mois en versions numérique et papier hors promo)

2 CARTO : bimestrielle, magnifique revue qui permet autant de suivre l’actualité avec un dossier thématique (exemple n°65 de mai 2021 sur les villes mondiales (sujet potentiel de concours) ; prix 45 euros pour 6 numéros

3 DIPLOMATIE : revue plus longue à lire qui alterne entre la revue classique tous les deux mois et un Grand dossier aussi tous les mois ; exemple mai-juin Diplomatie n°109 sur les frontières et mai GD n°54 sur la géopolitique du Japon. La revue est plus chère que Carto (75 euros/an), mais évidemment avec 2 fois plus de numéros.

4 CONFLITS : depuis le départ de Pascal Gauchon, le revues est plus inégale. Le dernier numéro hors-série n°12 porte sur la « géopolitique de la santé » (sujet potentiel de concours).. Prix 50 euros pour les versions numérique et papier.

IDEE : entre deux ou trois, qui travaillez ensemble, vous pouvez très bien croiser deux abonnements.

Faut-il acheter un manuel de 2ème  année ? Si je conseille fortement de garder le manuel Studyrama de 1ère année afin d’avoir un outil lors des 4 quinzaines de colles portant sur le programme de 1ère année, je n’oblige pas à un tel achat et ce, pour plusieurs raisons :

-le travail hebdomadaire de révision des cours, de fichage des TR, de travail de mémorisation… sont chronophages et impliquent une sous-utilisation d’un manuel

-les manuels ne permettent pas beaucoup d’entrée dans la pensée d’auteurs (ce qu’un TR permet)

-l’Atlas et le dictionnaire doivent rester des outils utilisés fréquemment

-il est largement préférable de s’abonner à une revue (voir plus haut)

POUR LES KUBES EXTERIEURS

O Dictionnaire géopolitique publié par Studyrama sorti en mai 2021. Base clé pour aborder les notions clés du programme, mais aussi commencer l’étude des 4 continents. Vous connaissez l’auteur….

O Hugo Billard, Mon Atlas de prépa, Autrement, 2017. Intérêt cartographique évident pour la construction de croquis tant mondiaux que régionaux, mais aussi auteurs clés (cadre sur la page de gauche).

O Manuel de 1ère année Réussir sa prépa Histoire géographie géopolitique, Studyrama, 2017 ou nouvelle édition.

O Rappel : pour ceux qui ne l’ont pas fait encore, il est fortement recommandé de se procurer un appareil pour faire le croquis. Achat conseillé d’un normographe : le moins cher tout en étant complet est le Maped Technic. 4 euros 49 à Bureau Vallee. Achat utile car cet appareil permet un gain de temps et améliore la propreté. Libre à vous de vous procurer un manuel, mais la lecture de revues ou d’ouvrages avec des thèmes et auteurs variés est préférable.

*      CONSEILS GENERAUX : TROIS ACTIVITES DIFFERENTES

1. Rangement des cours et fichage des derniers TR

Avant d’entamer une période de repos, je conseille fortement de prendre quelques heures ou jours pour ranger les cours, organiser si besoin les devoirs par épreuves et de ficher les derniers TR du chapitre 13. Cela ne doit pas être long, mais cette logistique ne peut qu’être efficace qu’à ce moment-là de l’année.

2. Veille culturelle dans un moment de repos :

-Presse écrite : coller à l’actualité en lisant la presse de manière régulière ; le choix est large (hebdomadaires = Courrier international ou quotidiens comme Le Monde (pages géopolitiques le dimanche)… il ne s’agit pas de lire toute la presse, mais de choisir un ou deux titres de manière très régulière ; notez que la démarche de « Courrier international » avec un découpage par continent est une bonne approche du programme de 2ème année (comme Carto).

-Radio : toujours à privilégier, les émissions phares et courtes de France culture = « Enjeux internationaux » ou « Grand reportage » sur RFI; pensez aux podcast (3 ans d’ « enjeux internationaux » à écouter !). Une émission plus longue (de 40 mn) sur RFI : Géopolitique le débat. A consulter sur mon 3ème blog ou via l’appli RFI pure radio (et non RFI « simple » plutôt avec du texte) ou avec l’appli Audials (qui permet d’écouter et d’enregistrer).

-TV/cinéma : point important pour se forger une culture générale qui va aiguiser votre réflexion et votre argumentation écrite. Emission phare : « Le Dessous des cartes » d’Arte.  Pensez aux soirées Thema d’Arte (1 ou 2 documentaires suivi d’un débat, le plus souvent le mardi). Développez votre culture cinématographique (VO, films étrangers…).

-Livre : LECTURES CONSEILLES D’UN OUVRAGE D’UN GEOPOLITICIEN. Quelques idées : Hubert VEDRINE, « Le monde au défi », Dominique MOISI « le nouvel ordre international » ou Pascal BONIFACE « Comprendre le monde » ou la dernière version de son « Atlas des relations internationales » sorti en juin.

Attention ! Cette veille culturelle est importante : n’oubliez pas que les concours vont débuter en avril 2021, soit dans 10 mois. Il est inenvisageable pour vous de rien faire cet été : il ne s’agit évidemment pas de travailler intensément et arriver moralement fatigué à la rentrée, mais de poursuivre la construction de votre culture géo-historique et économique par des lectures régulières et l’écoute intelligente de médias radio et audiovisuels ; vous devez en particulier regarder les documentaires sélectionnés.

Conseil : l’appli « Audials » ou « Castbox » sonts parfaites pour écouter la radio et télécharger des émissions. A partir de votre ordinateur, vous pouvez aussi utiliser mon blog d’écoute d’emissions : https://monbloghistgeo.blogspot.com/

L’été est aussi un moment de préparation des entretiens. Votre vécu, vos stages ou jobs d’été pour certains seront des éléments utiles. Cela passe aussi par votre capacité à être ouvert aux autres, curieux, vous intéresser aux professions des personnes qui vous entourent…

3. Redémarrage mi-août = préparation du DS de la rentrée et des premières colles et de l’étude de l’ensemble des continents

O 3.1 FICHAGE DES INTRODUCTIONS AUX 5 ESPACES. Ce premier travail de reprise consiste à se donner une vision d’ensemble du programme via un fichage des présentations des 5 continents présentes dans mon dictionnaire. De fait, il s’agit des introductions qui amorceront chaque étude continentale. Cette année, j’ai décidé de les raccourcir (de 2h habituellement à 1h), d’où l’absolue nécessite de faire ce travail. Au total, cela fait environ 40 pages à travailler. Mi-août, on peut imaginer un espace par jour. Normalement, nous commencerons par le Moyen-Orient.

-introduction sur l’Afrique : pages 36-42

-introduction sur l’Amérique : pages 46-52

-introduction sur l’Asie : pages 56-64

-introduction sur l’Europe : pages 156-162

-introduction sur le Moyen-Orient : pages 236-240

 

O 3.2 PREPARATION DU 1er DS du 4 septembre sur le chapitre 13 (La mondialisation en débat) avec relecture de l’ensemble du module II (contexte éco chap 9 -10 et géopol chap 11 et évidemment le chapitre 12). L’épreuve sera un croquis (ESCP Europe).

Au niveau méthodologique : se réapproprier le travail fait lors des préparations des devoirs comportant  un croquis . Reprendre les fondements méthodologiques sur le blog et le manuel (pages 529-535). Ce point est important pour certains d’entre vous dont les consignes sont encore mal appliquées. En 2ème année, le temps consacrée aux corrections sera plus réduit. Cette mise au point me semble ainsi importante. Mon choix de DS s’est porté sur le croquis en raison des besoins de progrès de la classe, en particulier sur l’aspect visuel et expressif du croquis très important pour les concours.

Au niveau cognitif : relecture du programme de 1ère année qui sera toujours compris dans les révisions des colles et nécessaires à tous les sujets des concours. Attention, le volume de révision des colles sera plus important dans les premières semaines… Cela doit être accompagné de la lecture des ouvrages demandés, en particulier de l’atlas ainsi que la relecture des TR. Voir aussi les DD couleurs de fin d’année pour le croquis.

Au niveau des croquis : il est nécessaire de vous réapproprier les lieux importants sur un planisphère : grandes puissances, villes mondiales anciennes et émergentes, principaux ports, aéroports, bourses, sièges des organisations internationales, principales organisations régionales, lieux de l’altermondialisme, principales mers, océans, flux te transport… Appuyez-vous sur les DD et CG de fin d’année en couleurs (liste sur le blog). Il faudra aussi préparer des trames de fonds à partir des DD.

 

*      SE CONNAITRE, S’ORGANISER…LA CLE DE VOTRE REUSSITE

Les consignes données plus haut correspondent à 3 choses différentes, mais chacun est libre du timing. S’ajoutent aussi d’autres éléments qui dépendant de votre profil :

PROFIL 1 : pour ceux qui avaient le plus de difficultés cette année en HGG, je conseille de lire des ouvrages de géopolitologues généralistes comme Pascal Boniface qui publie depuis des années des ouvrages de vulgarisation qui peuvent donner un sens à tous les cours faits depuis un an : Atlas des relations internationale réédité en 2020, 50 idées sur l’état du monde…

PROFIL 2 : pour ceux qui étaient plutôt dans une situation de réussite, vous pouvez lire des auteurs plus originaux comme Erik Orsenna et sa série sur la mondialisation (l’eau, le moustique, le papier…).

PROFIL 3 : d’autres ont plus simplement d’organiser leurs cours, de les ranger afin de gagner en efficacité lors des nombreuses phases de révision. Peut-être certains TR n’ont pas été fichés ou bien reliés à un chapitre…

PROFIL 4 : d’autres recherchent des exemples pour enrichir l’argumentation des copies d’HGG ; dans ce cas, prendre des notes à partir des émissions Les dessous des cartes (replay nombreux sur Arte) ou bien des émissions ou lectures citées plus haut. Les soirées Thema d’Arte (mardi soir) sont aussi riches. Le blog de 1ère année comporte plusieurs iTR qui complètent les chapitres 12 et 13.

LE MOT DE LA FIN

J’ai pris un grand plaisir à faire cours en première année avec vous. Mes consignes estivales sont importantes. Je sais l’investissement donné par la plupart d’entre vous envers ma discipline ; tout ce travail fait ne sera pas à refaire et va vous permettre d’avancer l’année prochaine grâce à niveau solide. Par contre, j’attends, au-delà d’une bonne préparation pour le 1er Ds, que les 5 introductions aux continentes ou régions soient déjà faites. Pensez que le choc en maths va être important, d’où l’idée de ne pas se mettre sous pression dès la rentrée.

Prenez conscience des enjeux et de la rapidité de la 2ème année et, précisément pour chacun, analysez vos points faibles pour les corriger. Pour certains, c’est l’orthographe, pour d’autres, l’irrégularité dans le travail, le manque d’organisation ou la gestion du temps (épreuve ESCP avec croquis). Tout cela doit absolument être mis à jour. Nous sommes le 20 juin 2021, soit à moins de 10 mois des écrits qui vont débuter vers le 15 avril 2022. C’est donc demain ! Sachez que je reste disponible par mail pour tout complément d’information.

 

Pour + de précis°, voir le blog. de 2ème année = Ozennegeopolitique2.blogspot.com +  blog d’émissions =   monbloghistgeo.blogspot.com.

Pour toute question ou problème : n’hésitez pas à m’écrire : sergeboyer@netcourrier.com                                                                          Bonnes « vacances » à tous.

mardi 27 avril 2021

SUJETS CONCOURS HEC 2021

 RESUME

GEM

La politique commerciale, vecteur de la puissance américaine ?

ESCP

Mondialisation et mise en concurrence des pays et des territoires pour attirer les activités économiques.

ECRICOME

Sujet 1 : Le monde arabe entre intégration et fragmentations (carte des printemps arabes)

Sujet 2 : Agriculture et alimentation : comment assurer la sécurité alimentaire aujourd'hui et demain ?

ESSEC 

La maîtrise des espaces communs (maritime, aérien, extra-athmosphérique et numérique), enjeu de puissance par les Etats depuis 1945

ESSEC




ECRICOME SUJET AVEC CARTE












vendredi 19 mars 2021

François HEISBOURG "Le temps des prédateurs"

 

Le temps des prédateurs de François Heisbourg

La Chine, les États-Unis, la Russie et nous

JANV./FÉVR. 2021

Si l’auteur, spécialiste renommé de la géopolitique et des questions de défense, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, emploie l’expression « nous », ce qui signifie en vérité l’Europe, c’est que, dit-il, dans le milieu éditorial, le terme « Europe » fait figure de repoussoir, signifiant des ventes réduites (il intitule son dernier chapitre « L’Europe : un mot qui tue ? »). Le sujet du livre est bien de passer au crible les politiques offensives tous azimuts, menées par les trois grands « prédateurs », aux visées impériales non dissimulées.

À tout seigneur tout honneur, le premier d’entre eux reste les États-Unis, même si en parité de pouvoir d’achat, le PIB de la Chine a dépassé celui des États-Unis. Les dépenses de défense des États-Unis, qui ont dépassé les 700 milliards, sont encore près de trois fois plus importantes que celles de la Chine. Washington dispose de centaines de bases à l’étranger, ce qui n’est pas le cas de Pékin. Surtout, le dollar représente 62 % des réserves de change mondiales, assure 52 % des facturations commerciales internationales mais 88 % du marché des changes, ce qui permet aux autorités américaines, en usant de ce qu’on appelle l’extraterritorialité de leurs lois, d’infliger des amendes à hauteur de milliards de dollars à des entreprises étrangères ayant contourné les embargos qu’ils ont décrétés souverainement, faisant fi souvent de l’autorité de l’ONU, la seule légalement obligatoire, à l’égard des « États voyous » (l’Iran, la Corée du Nord et, hier, l’Irak). Cette attitude prédatrice américaine a encore été accentuée par l’approche transactionnelle de Donald Trump qui, peu embarrassé de principes, n’a cherché qu’à faire prévaloir les intérêts des États-Unis et de leurs entreprises. D’où sa défense des Gafam, menacés d’une taxe, sa proposition d’acheter le Groenland, non pour en préserver l’environnement, mais pour soustraire l’île verte aux convoitises du dragon rouge. D’où également, dans le cadre de la sévère compétition qui l’oppose au géant chinois des télécommunications, devenu leader mondial de la 5G, la proposition insolite du président américain de prendre des parts majoritaires dans le capital des seules sociétés européennes rivales de Huawei, Ericsson et Nokia.

Beaucoup a déjà été écrit sur la Chine depuis l’irruption de la pandémie de Covid-19. Son approche vis-à-vis de l’Europe peut se résumer, pour François Heisbourg, en cinq mots : profiter, influencer, détacher, intégrer et intervenir. L’évolution est si rapide en cette matière que ce qu’a écrit François Heisbourg au printemps est déjà dépassé à l’hiver. L’exemple de la 5G, qu’il aborde de-ci de-là en termes fort généraux, sans aborder les questions liées à la santé, à la sécurité ou aux consommations énergétiques, est caractéristique. Alors qu’en début 2020, la plupart des pays européens étaient disposés à équiper leurs réseaux de la 5G avec du matériel Huawei (antennes, connexions, liaisons…), ils y ont pratiquement tous renoncé, en tout ou en partie, à l’exception de l’Allemagne qui ne sanctionne pas le producteur chinois. Dès 2014, la Chine organise avec les pays ex-communistes d’Europe un dialogue dit « 16 + 1 ». La Chine, premier fournisseur et deuxième marché commercial de l’Union européenne, a donc de solides arguments à faire valoir et, depuis ces derniers mois, ne s’en prive pas.

Quant à la Russie, selon l’auteur, elle a un appétit d’ours, image traditionnelle, un peu usée. Certes, la Russie a annexé la Crimée, terre traditionnelle russe, en forçant le destin et elle aide les insurgés du Donbass, alimentant ainsi un nouveau conflit gelé en barrant la route de l’Otan à l’Ukraine. Mais il est peu probable que Moscou veuille se lancer dans l’entreprise insensée que certains lui prêtent de reconstituer la défunte URSS. Elle est restée prudente vis-à-vis de la Biélorussie, pour ne rien dire du conflit du Haut-Karabakh. La Russie a modernisé ses défenses, mais elle consacre à ce secteur les mêmes sommes que la France (55 à 60 milliards d’euros). Elle est intervenue dans maints processus électoraux, comme les États-Unis l’ont fait, il est vrai dans l’optique de la guerre froide.

La grande question reste celle de l’alliance de facto et non de jure, militaire et stratégique, entre la Russie et la Chine. Jamais Moscou et Pékin n’ont été aussi proches. Ces relations se perpétueront-elles à l’identique dans les décennies à venir ? Personne ne peut répondre à cette question. Aussi faut-il prendre avec prudence ce qu’écrit François Heisbourg sur la grande manœuvre que devrait mener l’Europe pour tenter de détacher la Russie de la Chine. C’est certainement un objectif louable, désirable, mais a-t-il quelque chance de se réaliser ? Tout ce que l’on peut dire est que l’Europe, telle qu’elle fonctionne, agit et décide, n’a pas encore les moyens de se doter d’une « grande stratégie », selon les termes d’Edward Luttwak. Examinant les options qui s’offrent à l’Europe, François Heisbourg constate que le rapprochement avec la Russie est d’actualité dans le discours politique français, mais qu’il a peu de chances de se réaliser. Cependant, le rapprochement avec la Chine est moins invraisemblable qu’il n’y paraît. Orientation assez étrange, compte tenu de la politique de prédation de la Chine et son hubris à Hong Kong, ses menaces sur Taïwan, le traitement cruel infligé aux millions de Ouïghours et ses avancées constantes en mer de Chine orientale et méridionale, avec la poldérisation des îlots et leur militarisation. En définitive, le remodelage des relations euro-américaines apparaît à l’auteur comme la seule option viable.

Les atouts de l’Europe sont réels, conclut-il, même dans le domaine militaire. À eux deux, la France et le Royaume-Uni possèdent 500 charges nucléaires, leurs dépenses combinées de défense atteignent 250 milliards d’euros. En dehors d’une stratégie commune, c’est la diversité des opérateurs, des entreprises, des filières qui est l’un des obstacles principaux à surmonter. Alors que, pour les télécommunications, la 5G, Chine et États-Unis ont quatre opérateurs chacun, on en compte plus d’une centaine dans l’Union européenne. À l’aune de l’histoire, la construction européenne avec ses sept décennies d’existence est une entreprise jeune et sa pérennité n’est nullement acquise. Est-ce à dire que les États-Unis (pour le moment ?), la Russie ou la Chine s’évertuent réellement, sinon à la détruire, au moins à l’empêcher d’émerger ? En tout cas, si l’éléphant européen est moins rapide que l’aigle américain, moins gourmand que l’ours russe et moins dangereux que le dragon chinois, il est tout aussi résilient. Il a su gérer la crise de l’euro, se coordonner pour répondre au coronavirus, avec son plan d’aide de 750 milliards d’euros, et proposer son Green Deal, premier plan européen prévu pour une durée de trente ans.


lundi 15 mars 2021

Un discours de relance de l'UE : discours de la Sorbonne 27 septembre 2021

 

Zoom : Les six clés de la souveraineté européenne (extraits du discours de la Sorbonne, Emmanuel Macron, 27 septembre 2017)

1. Une Europe qui garantit la sécurité dans toutes ses dimensions

En matière de défense, l’Europe doit se doter d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir. Il convient d’encourager la mise en place au plus vite du Fonds européen de défense, de la coopération structurée permanente et de les compléter par une initiative européenne d’intervention qui permette de mieux intégrer nos forces armées à toutes les étapes.

Dans la lutte contre le terrorisme, l’Europe doit assurer le rapprochement de nos capacités de renseignement en créant une Académie européenne du renseignement.

La sécurité doit être assurée, ensemble, dans toutes ses dimensions : il faut doter l’Europe d’une force commune de protection civile.

2. Une Europe qui répond au défi migratoire

Nous devons créer un espace commun des frontières, de l’asile et des migrations, pour maîtriser efficacement nos frontières, accueillir dignement les réfugiés, les intégrer réellement et renvoyer rapidement ceux qui ne sont pas éligibles au droit d’asile.

Nous devons créer un Office européen de l’asile, qui accélère et harmonise nos procédures ; mettre en place des fichiers interconnectés et des documents d’identité biométriques sécurisés ; établir progressivement une police des frontières européenne qui garantisse une gestion rigoureuse des frontières et assure le retour de ceux qui ne peuvent pas rester ; financer un large programme européen de formation et d’intégration pour les réfugiés.

3. Une Europe tournée vers l’Afrique et la Méditerranée

L’Europe doit avoir une politique extérieure centrée sur quelques priorités : d’abord la Méditerranée et l’Afrique.

Elle doit développer un nouveau partenariat avec l’Afrique, fondé sur l’éducation, la santé, la transition énergétique.

4. Une Europe modèle du développement durable

L’Europe doit être le chef de file d’une transition écologique efficace et équitable.

Elle doit favoriser les investissements dans cette transition (transport, logement, industrie, agriculture…) en donnant un juste prix au carbone : par un prix minimum significatif à l’intérieur de ses frontières ; par une taxe carbone européenne aux frontières pour assurer l’équité entre ses producteurs et leurs concurrents.

L’Europe doit mettre en place un programme industriel de soutien aux véhicules propres et aux infrastructures nécessaires (bornes de recharge…).

Elle doit assurer sa souveraineté alimentaire, en réformant la politique agricole commune et en mettant en place une force commune de contrôle qui assure la sécurité alimentaire des Européens.

5. Une Europe de l’innovation et de la régulation adaptées au monde numérique

L’Europe doit mener et non subir cette transformation, en promouvant dans la mondialisation son modèle combinant innovation et régulation.

Elle doit se doter d’une Agence pour l’innovation de rupture, finançant en commun des champs de recherche nouveaux, comme l’intelligence artificielle, ou inexplorés.

Elle doit assurer l’équité et la confiance dans la transformation numérique, en repensant ses systèmes fiscaux (taxation des entreprises numériques) et en régulant les grandes plateformes.

6. Une Europe puissance économique et monétaire

Nous devons faire de la zone euro le cœur de la puissance économique de l’Europe dans le monde.

En complément des réformes nationales, elle doit se doter des instruments qui en feront une zone de croissance et de stabilité, notamment un budget qui permette de financer des investissements communs et d’assurer la stabilisation face aux chocs économiques. (…)

« Le temps où la France propose est revenu. Je pense en cet instant à Robert Schuman, le 9 mai 1950, à Paris, osant proposer de construire l’Europe. Je pense à ses mots saisissants : ‘L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre’. »

samedi 13 mars 2021

L'INDE EST-ELLE ENCORE UNE DEMOCRATIE ?

 

L’Inde rétrogradée au rang d’autocratie

 

Sophie Landrin

 

Trois organismes indépendants soulignent le déclin démocratique du pays depuis l’avènement de Narendra Modi au pouvoir, en 2014.

© Fournis par Le Monde Le premier ministre indien, Narendra Modi, s’adresse à une foule de supporters du parti Bharatiya Janata (BJP) en amont des élections législatives, à Kolkata, le 7 mars 2021.

L’Inde, avec son 1,3 milliard d’habitants, n’est plus la plus grande démocratie du monde. L’institut suédois V-Dem (Varieties of Democracy), qui a publié, jeudi 11 mars, son rapport annuel sur la démocratie, classe désormais le sous-continent dans la catégorie des « autocraties électorales », qui ont l’apparence des régimes démocratiques mais qui, en réalité, sapent l’indépendance et la neutralité des contre-pouvoirs, la justice, les médias, et transforme les opposants en ennemis de la nation. Le pays du Mahatma Gandhi arrive en 7e position après la Pologne, la Hongrie, la Turquie, le Brésil, la Serbie et le Bénin.

Le centre de recherche indépendant de l’université de Göteborg constate une détérioration des libertés depuis l’accession au poste de premier ministre du nationaliste hindou Narendra Modi, en 2014, et estime qu’il s’agit d’« un des changements les plus spectaculaires parmi tous les pays du monde au cours des dix dernières années ».

Dans l’Inde de Narendra Modi, l’effroi grandissant des journalistes

V-Dem rappelle l’éventail des mesures déployées par le gouvernement indien pour museler la société civile et la liberté d’expression. Cela va des dispositions financières pour couper les vivres des ONG, jusqu’aux lois sur la sédition, ou sur la prévention des activités illégales en passant par la censure et le contrôle des médias. Un arsenal utilisé pour « harceler, intimider et emprisonner les opposants politiques, ainsi que les personnes qui protestent contre les politiques du gouvernement ».

Intimidation croissante

Deux autres études confirment la dérive de la démocratie en Inde. Dans son rapport annuel sur l’état des libertés dans le monde, l’ONG Freedom House, basée aux Etats-Unis, rétrograde elle aussi l’Inde au rang des pays « partiellement libres ». Les auteurs soulignent que la politique répressive de Modi s’est amplifiée avec le Covid-19, le harcèlement de journalistes couvrant la pandémie, l’abandon de millions de travailleurs migrants durant le confinement, et la désignation de « boucs émissaires » parmi les musulmans.

Freedom House a fait le calcul : plus de 7 000 personnes ont été accusées de sédition après l’arrivée au pouvoir du Bharatiya Janata party (BJP) et la plupart des accusés sont des opposants du parti de Narendra Modi. Comme V-Dem, l’ONG constate que les droits politiques et les libertés civiles dans le pays se sont détériorés depuis 2014, avec une pression accrue sur les organisations de défense des droits de l’homme, une intimidation croissante des universitaires et des journalistes, et une vague d’attaques contre les musulmans.

« Modi veut vendre nos terres » : la révolte des paysans indiens

Ce déclin s’est très nettement accéléré après la réélection de M. Modi en 2019 avec, notamment, le coup de force au Cachemire, la répression contre les manifestants opposés à une loi discriminatoire et la crise du coronavirus.

Dans un troisième classement, celui du département « Intelligence Unit » du magazine britannique The Economist sur l’état de la démocratie dans le monde, l’Inde se retrouve dans la catégorie des démocraties « imparfaites », notamment parce que le gouvernement dirigé par Narendra Modi « a introduit un élément religieux dans la conceptualisation de la citoyenneté indienne » en contradiction avec la laïcité inscrite dans la Constitution.