vendredi 24 juillet 2020

CONSIGNES ESTIVALES ECS2 2020 2021


ECS2 Lycée Ozenne –juin 2020       CONSIGNES ESTIVALES EN HISTOIRE, GEOGRAPHIE ET GEOPOLITIQUE :

« La rentrée ne doit pas en être une », 
Benjamin Musial (préparationnaires d’Ozenne 2016-18).

*       PROGRAMME : géodynamiques des 4 continents ; progression de l’année prochaine : Asie, Amérique, Afrique-Moyen-Orient et Europe et. A noter les 7 puissances au programme : Etats-Unis, Brésil, Chine, Japon, Inde, France et Russie.

*      OUVRAGES A ACHETER OU ABONNEMENTS (pour les khûbes extérieurs ou si non achetés en 1ère année):
O Dictionnaire géopolitique publié par Studyrama sorti en février 2019. Base clé pour aborder les notions clés du programme, mais aussi commencer l’étude des 4 continents. Vous connaissez l’auteur….
O Hugo Billard, Mon Atlas de prépa, Autrement, 2017. Intérêt cartographique évident pour la construction de croquis tant mondiaux que régionaux, mais aussi auteurs clés (cadre sur la page de gauche).
O abonnement conseillé à une revue dès fin juin-début juillet : le choix estpossible entre 4 revues
1 COURRIER INTERNATIONA : hebdomadaire non spécialisé en géopolitique, mais présente une vision mondiale de l’actualité (6.9 euros/mois en version numérique ou 9.9 euros/mois en versions numérique et papier hors promo)
2 CARTO : bimestrielle, magnifique revue qui permet autant de suivre l’actualité avec un dossier thématique (exemple n°54 de juillet 2019 sur l’avenir des animaux qui peut être très utile pour la culture G) ; le dernier numéro (59) porte sur l’Egypte ; prix 45 euros pour 6 numéros
3 DIPLOMATIE : revue plus longue à lire qui alterne entre la revue classique toues les deux mois et un Grand dossier aussi tous les mois ; exemple mars Diplomatie n°103 avec un dossier sur l’OTAn et mai GD n°54 sur la géopolitique du Japon. La revue est plus chère que Carto (75 euros/an), mais évidemment avec 2 fois plus de numéros.
4 CONFLITS : depuis le départ de Pascal Gauchon, le revues est plus inégale. Le dernier numéro (27) porte sur le projet Indo-Pacifique. Prix 50 euros pour les versions numérique et papier.
IDEE : entre deux ou trois, qui travaillez ensemble, vous pouvez très bien croiser deux abonnements.
Faut-il acheter un manuel de 2ème année ? Si je conseille fortement de garder le manuel Studyrama de 1ère année. Autant pour la partie cours que la méthodologie et les annales, vous n’êtes pas obligés de vous procurer un manuel de Studyrama et ce, pour plusieurs raisons :
-le travail hebdomadaire de révision des cours, de fichage des TR, de travail de mémorisation… sont chronophages et impliquent une sous-utilisation d’un manuel
-les manuels ne permettent pas beaucoup d’entrée dans la pensée d’auteurs (ce qu’un TR permet par  ex)
-l’Atlas et le dictionnaire doivent rester des outils utilisés fréquemment
-il est largement préférable de s’abonner à une revue (voir plus haut)
O Rappel : pour ceux qui ne l’ont pas fait encore, il est fortement recommandé de se procurer un appareil pour faire le croquis. Achat conseillé d’un normographe : le moins cher tout en étant complet est le Maped Technic. 4 euros 49 à Bureau Vallee. Achat utile car cet appareil permet un gain de temps et améliore la propreté. Libre à vous de vous procurer un manuel, mais la lecture de revues ou d’ouvrages avec des thèmes et auteurs variés est préférable.


*      CONSEILS GENERAUX : TROIS ACTIVITES DIFFERENTES
1. Travail sur le chapitre 13 (altermondialisme) et la conclusion (chapitre 14) :
Comme depuis le début de l’année, et particulièrement du confinement, votre base de travail est le manuel Studyrama, pages 473 à 488 pour le chapitre 13 et pages 489 et 502 pour le chapitre 14 . J’ai rédigé ce chapitre il y a plus de deux ans. A noter que le chapitre 14 est une conclusion prospective des deux modules de 1ère année. Il est court, mais dense.
2. Veille culturelle dans un moment de repos :
-Presse écrite : coller à l’actualité en lisant la presse de manière régulière ; le choix est large (hebdomadaires = Courrier international ou quotidiens comme Le Monde (pages géopolitiques le dimanche)… il ne s’agit pas de lire toute la presse, mais de choisir un ou deux titres de manière très régulière ; notez que la démarche de « Courrier international » avec un découpage par continent est une bonne approche du programme de 2ème année (comme Carto).
-Radio : toujours à privilégier, les émissions phares et courtes de France culture = « Enjeux internationaux » ou « Grand reportage » sur RFI; pensez aux podcast (3 ans d’ « enjeux internationaux » à écouter !). Une émission plus longue (de 40 mn) sur RFI : Géopolitique le débat. A consulter sur mon 3ème blog ou via l’appli RFI pure radio (et non RFI « simple » plutôt avec du texte) ou avec l’appli Audials (qui permet d’écouter et d’enregistrer).
-TV/cinéma : point important pour se forger une culture générale qui va aiguiser votre réflexion et votre argumentation écrite. Emission phare : « Le Dessous des cartes » d’Arte.  Pensez aux soirées Thema d’Arte (1 ou 2 documentaires suivi d’un débat). Développez votre culture cinématographique (VO, films étrangers…).
-Livre : LECTURES CONSEILLES D’UN OUVRAGE D’UN GEOPOLITICIEN. Quelques idées : Hubert VEDRINE, « Le monde au défi », Dominique MOISI « le nouvel ordre international » ou Pascal BONIFACE « Comprendre le monde » ou la dernière version de son « Atlas des relations internationales » sorti en juin.
Attention ! Cette veille culturelle est importante : n’oubliez pas que les concours vont débuter en avril 2021, soit dans 10 mois. Il est inenvisageable pour vous de rien faire cet été : il ne s’agit évidemment pas de travailler intensément et arriver moralement fatigué à la rentrée, mais de poursuivre la construction de votre culture géo-historique et économique par des lectures régulières et l’écoute intelligente de médias radio et audiovisuels ; vous devez en particulier regarder les documentaires sélectionnés.
Conseil : l’appli « Audials » est parfaite pour écouter la radio et télécharger des émissions. Fonctionne aussi sur l’ordi.
L’été est aussi un moment de préparation des entretiens. Votre vécu, vos stages ou jobs d’été pour certains seront des éléments utiles. Cela passe aussi par votre capacité à être ouvert aux autres, curieux, vous intéresser aux professions des personnes qui vous entourent…
Je vais bientôt envoyer une série d’émissions des Dessous des cartes que j’ai choisi en fonction de leur utilité pour le programme et éventuellement des sujets de concours (l’eau par exemple n’est jamais tombée). Je vous demande donc de les écouter  avec attention et de prendre des notes (qui seront intégrées ensuite dans le cours).
Pour vous accompagner dans cette veille, je vais jusqu’à fin juillet, vous envoyer des infos médias comme le mail envoyé le 16 juin sur la revue We demain. Je vais aussi envoyer des podcast d’auteurs clés. Il faudra aussi les écouter…même à la plage. Ecouter des débats, réentendre Boniface… tout cela vous sera utile.
3. Redémarrage mi-août = préparation du DS de la rentrée et des premières colles :
O 1er DS dès le 5 septembre sur partie 3 du module II (Les défis du développement et les enjeux d’un monde durable) avec relecture de l’ensemble du module II (contexte éco chap 9 -10 et géopol chap 11). L’épreuve sera un croquis (ESCP Europe). Donc revoir les consignes données lors du confinement et le disque dur virtuel toujours actif.
A noter : le devoir sera précédé de 8h10 à 10h d’un cours (partie III du chapitre 13).
O PREPARATION DU PREMIER DS  ET DES PREMIERES COLLES :
1-au niveau méthodologique : se réapproprier le travail fait lors des préparations des devoirs comportant  un croquis . Reprendre les fondements méthodologiques sur le blog et le manuel (pages 529-535). Ce point est important pour certains d’entre vous dont les consignes sont encore mal appliquées. En 2ème année, le temps consacrée aux corrections sera plus réduit. Cette mise au point me semble ainsi importante. Mon choix de DS s’est porté sur le croquis en raison des besoins de progrès de la classe, en particulier sur l’aspect visuel et expressif du croquis très important pour les concours.
2- au niveau cognitif : relecture du programme de 1ère année qui sera toujours compris dans les révisions des colles et nécessaires à tous les sujets des concours. Attention, le volume de révision des colles sera plus important dans les premières semaines… Cela doit être accompagné de la lecture des ouvrages demandés, en particulier de l’atlas ainsi que la relecture des TR. Voir aussi les DD couleurs de fin d’année pour le croquis.
PLANNING PREVISIONNEL DES COLLES D’HGG EN SEPTEMBRE 2020 (attention : modification possible)
Quinzaine
Dates
Chapitres à réviser
Thème
Lien avec DS
1
7 au 19 septembre
12
Enjeux d’un monde durable
DS8 croquis chap 12
2
21 septembre au 2 octobre
13
Altermondialisme

3
5 au 17 octobre
15
Asie 
DS9 GEM module II 1ère A
4
Ap vacances Toussaint
15 -16
 Europe
DS10 CB sur Asie 

3-au niveau des croquis : il est nécessaire de vous réapproprier les lieux importants sur un planisphère : grandes puissances, villes mondiales anciennes et émergentes, principaux ports, aéroports, bourses, sièges des organisations internationales, principales organisations régionales, lieux de l’altermondialisme, principales mers, océans, flux te transport… Appuyez-vous sur les DD et CG de fin d’année en couleurs (liste sur le blog).
*      SE CONNAITRE , S’ORGANISER…LA CLE DE VOTRE REUSSITE
Les consignes données plus haut correspondent à 3 choses différentes, mais chacun êre libre du timing. S’ajoute aussi d’autres éléments qui dépendant de votre profil :
PROFIL 1 : pour ceux qui avaient le plus de difficultés cette année en HGG, je conseille de lire des ouvrages de géopolitologues généralistes comme Pascal Boniface qui publie depuis des années des ouvrages de vulgarisation qui peuvent donner un sens à tous les cours faits depuis un an : Atlas des relations internationale, 50 idées sur l’état du monde…
PROFIL 2 : pour ceux qui étaient plutôt dans une situation de réussite, vous pouvez lire des auteurs plus originaux comme Erik Orsenna et sa série sur la mondialisation (l’eau le moustique le papier…).
PROFIL 3 : d’autres ont plus simplement d’organiser leurs cours, de les ranger afin de gagner en efficacité lors des nombreuses phases de révision. Peut-être certains TR n’ont pas été fichés ou bien reliés à un chapitre…
PROFIL 4 : d’autres recherchent des exemples pour enrichir l’argumentation des copies d’HGG ; dans ce cas, prendre des notes à partir des émissions Les dessous des cartes (replay nombreux sur Arte depuis le confinement) ou bien des émissions ou lectures citées plus haut.
PROFIL 5 : d’autres veulent s’avancer dans le travail de la 2ème année ; aussi, vous pouvez travailler les 4 introductions continentales présentes dans mon Dictionnaire :
-introduction sur l’Amérique : pages 46-52
-introduction sur l’Asie : pages 56-64
-introduction sur l’Europe : pages 156-162
-introduction sur le Moyen-Orient : pages 236-240

LE MOT DE LA FIN
J’ai pris un grand plaisir à faire cours avant le confinement avec des questions nombreuses de votre côté. Lors du confinement, j’ai essayé de trouver un équilibre avec vous et la gestion des ECS2 inquiets en raison de report des écrits. Mes consignes estivales sont importantes. Je sais l’investissement donné par tous envers ma discipline ; tout ce travail fait ne sera pas à refaire et va vous permettre d’avancer l’année prochaine grâce à niveau solide.
Prenez conscience des enjeux et de la rapidité de la 2ème année et, précisément pour chacun, analysez vos points faibles pour les corriger. Pour certains, c’est l’orthographe, pour d’autres, l’irrégularité dans le travail, le manque d’organisation ou pour une dizaine la gestion du temps. Tout cela doit absolument être mis à jour. Nous sommes le 20 juin 2020, soit à moins de 10 mois des écrits qui vont débuter vers le 15 avril 2021. C’est donc demain ! Sachez que je reste disponible jusquà la fin du mois de juillet (corrigeant Ecricome et GEM). Je ferai des alertes médias de temps en temps et vous tiendrai au cours des 5 sujets tombés aux concours. 

Pour + de précis°, voir le blog. de 2ème année = Ozennegeopolitique2.blogspot.com +  blog d’émissions =   monbloghistgeo.blogspot.com.
Pour toute question ou problème : n’hésitez pas à m’écrire :
sergeboyer@netcourrier.com                                                                         
Bonnes « vacances » à tous.

vendredi 3 juillet 2020

Les 5 sujets des concours 2020

ECRICOME :
Sujet 1 : L'influence de la France en Europe : héritages et mutations contemporaines
Sujet 2 : La recherche et les nouvelles technologies introduisent-elles de nouveaux rapports de force mondiaux ?
Carte : L'espace, nouveau territoire de la puissance ?
ESSEC :
Le bassin méditerranéen, un espace de crises et de rivalités internationales depuis la fin de la Guerre froide.
ESCP :
La France dans la recomposition des puissances dominantes.
GEM :
La Chine, un colosse aux pieds d'argile ?

Pour aller plus loin. Voir onglet sur les annales depuis 1997 (un peu en-dessous, à droite).

samedi 13 juin 2020

Trump, Président du chaos. Article de l'Express à lire, à voir ou à écouter.

AMÉRIQUES
 

VIDÉO. Donald Trump, le président qui s'épanouit dans le chaos

Par Axel Gyldén,

Dans un pays déchiré par la mort de George Floyd, Trump semblait avoir perdu la main... C'est vite oublier que le président américain adore le conflit et l'affrontement.

Les Etats-Unis n'en finissent pas, comme dans un cauchemar récurrent, de revivre la même scène. Et de se heurter aux contradictions résultant de son passé : dans le "Pays de la liberté" (Land of freedom) fondé sur le génocide des Indiens et l'esclavage des Noirs, démocratie et libertés s'accompagnent de ségrégation géographique et de violences policières. La mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans interpellé et étouffé par le policier Derek Chauvin le 25 mai à Minneapolis (Minnesota), a déclenché la plus grande mobilisation sociale depuis les années 1960. 
Commencée dans le tumulte du mouvement #metoo (contre l'impunité des auteurs de violences sexistes), la présidence Donald Trump s'achève donc dans un climat de révolte face aux brutalités policières et la criminalisation des Noirs. Plus de deux semaines après les faits, et malgré l'inculpation du bad cop Chauvin, les manifestations, désormais pacifiques, se sont propagées jusque dans de petites villes et au-delà des frontières. A cinq mois de l'élection présidentielle et après quatre-vingt-dix jours de crise sanitaire (accompagnée de récession et le chômage), l'actualité politique, étourdissante depuis l'accession de Donald Trump à la Maison-Blanche, s'est encore accélérée.  
Dans l'histoire de cette présidence pleine de bruit et de fureur, la date du lundi 1er juin marquera peut-être un tournant. Après plusieurs jours de manifestations, parfois ponctuées d'émeutes et de pillages, le chef de l'Etat ordonne - sur les conseils de sa fille Ivanka - l'évacuation manu militari du Lafayette Square, juste en face de la Maison-Blanche
Avec un usage disproportionné de la force, la police débarque sur place, pourchasse des militants pacifiques, cogne sur des journalistes et, en quelques minutes, nettoie la place. L'instant d'après, Donald Trump apparaît sur les lieux et traverse le square, comme John Wayne un saloon, pour se rendre à l'église épiscopale Saint John, toute proche. Là, il brandit une bible pour le besoin d'un coup de com' censé projeter une image de force et de maîtrise de la situation, à même de rassurer son électoral chrétien.  

"Trump avait l'air d'un dictateur sud-américain des années 1970..."

"Cette séquence lui a explosé à la figure d'une manière qu'il n'avait pas anticipée, analyse le politologue Andrew J. Polsky, du Hunter College à New York. C'était un peu comme une cascade de cinéma qui aurait lamentablement échoué. Trump a simplement eu l'air idiot, il s'est attiré les critiques des militaires et a donné l'impression d'un incompétent agissant comme un dictateur sud-américain des années 1970." 
Le 45e président des Etats-Unis aurait-il perdu la main ? "Son problème, c'est qu'il ne connaît qu'un seul mode d'action politique : le double down [NDLR : qui consiste à renchérir sur le tapis vert en misant deux fois plus que son adversaire]", répond Ray La Raja, professeur de sciences politiques à l'université du Massachusetts, à Amherst. 
Or cette méthode, apprise auprès de son avocat et mentor feu Roy Cohn [NDLR : autrefois proche collaborateur du sénateur anticommuniste Joseph McCarthy], ne fonctionne pas à chaque fois. "Dans le contexte actuel, il aurait pu tendre la main et se poser en réconciliateur de la nation, poursuit La Raja. Mais il en est incapable. Pour lui, cela s'apparente à un signe de faiblesse." 

"Le Président américain ne vit que dans l'affrontement"

Décrypter le comportement agressif de Donald Trump, formé dans la jungle impitoyable de l'immobilier new-yorkais, relève de l'impossible. Pour l'historienne Nicole Bacharan, auteure du percutant Monde selon Trump (Taillandier, 2019), "Donald Trump nous fait sortir du champ politique pour entrer dans celui de la psychologie. Car il ne vit que dans le conflit, l'affrontement et la désignation d'adversaires qu'il méprise et insulte. Après avoir eu un mot d'apaisement à l'égard de George Floyd et ses proches, il a aussitôt cherché à s'attaquer aux manifestants, qualifiés d'émeutiers, de truands, de bandits, d'anarchistes, d'antifas et de terroristes. A aucun moment il ne prône l'apaisement, car il aurait le sentiment de ne plus exister. Le problème, c'est que son instabilité mentale occupe tout l'espace des réseaux sociaux et de la télévision, entraînant tout le pays avec lui." 
C'est précisément dans l'espoir de cerner l'âme de cet animal politique, extraordinaire au sens premier du terme, que le professeur de psychologie à la Northwestern University (près de Chicago) Dan P. McAdams a rédigé un ouvrage publié ces jours-ci, The Strange Case of Donald J. Trump: a Psychological Reckoning (Oxford University Press), c'est-à-dire "L'Etrange cas Donald Trump. Une évaluation psychologique". "Il est ce que j'appelle 'l'homme épisodique', explique McAdams. Ce président vit uniquement dans le moment présent. Et, contrairement à nous, il n'a pas le souci de faire de sa vie une histoire cohérente. Chaque épisode, chaque scène, chaque journée représente pour lui un combat qu'il doit remporter. Mais ces moments ne forment pas un tout, et ils n'ont aucun lien entre eux. Aussi, peu lui importe d'affirmer le mardi le contraire de ce qu'il a dit le lundi. L'essentiel est de remporter la bataille du moment, par tous les moyens, y compris le mensonge. C'est comme s'il se réveillait chaque matin pour démarrer une nouvelle vie à partir d'une page blanche. Il est comme un boxeur qui monte sur le ring pour des rounds de trois minutes sans se soucier du reste. Ni prospectif, ni rétrospectif, ni introspectif, Donald Trump est incapable de réfléchir à long terme. Purement instinctif et superficiel, il est donc imprévisible, ce qui fait tourner ses opposants en bourrique." 
Aussi n'est-il jamais aussi heureux qu'en période de crise. Car si le désordre déstabilise la plupart des gens, lui s'épanouit dans le chaos. Cet environnement instable permet en effet à cette force de la nature - il dort cinq heures par nuit - de partir au combat avec un temps d'avance, d'ouvrir de nouveaux fronts sur Twitter, de surprendre ses ennemis par des Blitzkrieg à l'aube, de les harceler, et finalement de les épuiser en créant - pour paraphraser Che Guevara - "un, deux, trois Vietnam". Tout cela avant même que le camp opposé n'ait eu le temps d'analyser la situation et d'organiser une riposte. Résultat, comme on le dit des Allemands au football, "à la fin, c'est souvent Trump qui gagne", sous les vivats de ses fidèles supporters, qui voient en leur leader un homme certes menteur, mais parfaitement authentique.  
Rien ne dit, cependant, que Donald Trump gagnera cette fois encore la bataille politico-médiatique. "Fait significatif : il a échoué à orienter le débat dans le sens où il l'entendait, observe le politologue new-yorkais Andrew J. Polsky. Avec son happening sur le Lafayette Square et ses menaces répétées de recours à l'armée contre les manifestants, Trump entendait installer l'idée qu'il est le candidat de 'la loi et l'ordre', suivant l'exemple de Richard Nixon pendant sa campagne victorieuse de 1968. C'est raté." 

Pour une majorité d'Américains, la situation est "hors de contrôle"

Selon un sondage (Wall Street Journal - NBC News), les Américains sont deux fois plus troublés par la manière dont la police a interpellé et tué Georges Floyd que par les violences de certaines manifestations. Une majorité écrasante de la population (80 %) estime en outre que la situation générale est "hors de contrôle". 
Autre contrariété pour le président : plusieurs personnalités de droite, notamment des haut gradés de l'armée, l'ont publiquement critiqué ou lâché. Ainsi du plus prestigieux d'entre eux, l'ex-général des marines James Mattis, secrétaire à la Défense au début de l'ère Trump. Selon lui, ce dernier "cherche intentionnellement à diviser la nation", "se moque de la Constitution" et, "depuis trois ans, se comporte avec immaturité." 
"Qu'un personnage aussi influent que James Mattis, qui appartient à la 'tribu républicaine', se prononce n'a rien d'anodin", estime le politologue Ray La Raja. L'ancien président George W. Bush, l'ancien général et secrétaire d'Etat Colin Powell ou encore l'ex-candidat à la primaire Mitt Romney, tous républicains, ont eux aussi annoncé officiellement qu'ils ne voteraient pas pour Donald Trump en novembre, mais pour Joe Biden. 
Rien, pour autant, ne permet d'écarter l'hypothèse de la réélection de Trump. Il reste encore cinq mois d'ici au scrutin du 3 novembre, et quantité de rebondissements peuvent encore advenir. Trois mois après le début de la crise du Covid-19 - mal gérée par Donald Trump -, le marché du travail a ainsi repris des couleurs avec l'annonce, le 5 juin, de 2,5 millions de créations d'emploi durant le mois de mai et un chômage descendu à 13,3 %, contre 14,7 % en avril. N'oublions pas, aussi, que les présidents sortants sont toujours en position de force, car leur situation leur permet de prendre des initiatives politiques, diplomatiques ou budgétaires susceptibles de façonner l'opinion.  
"Le plus étonnant est que la popularité de Trump se maintient à un niveau extrêmement stable : rarement au-dessus ou en dessous de 43 %, constate le politologue Rogers Smith, de l'université de Pennsylvanie. Mais il est clairement entré dans une zone inconfortable. Elu sur la promesse qu'il serait le mieux à même de protéger les Américains, il a échoué à le faire dans trois domaines : la santé, l'économie et le maintien de l'ordre civil." Trois rounds perdus, en somme. Mais l'inépuisable président est déjà prêt à remonter sur le ring. Le match est loin d'être terminé. 

samedi 23 mai 2020

Après l'analyse de N.Baverez, voici celle d'Hubert Védrine (toujours issue de l'Express)

Hubert Védrine : "L'objectif n'est pas de convertir l'humanité entière à l'écologie"

Propos recueillis par Claire Chartier,
"L'humanité ne veut pas décroître ! assure Hubert Védrine. Il n'y a qu'une petite minorité, dans quelques pays européens où les gens vivent tranquillement grâce à de gigantesques transferts sociaux, pour prôner un tel programme."
"L'humanité ne veut pas décroître ! assure Hubert Védrine. Il n'y a qu'une petite minorité, dans quelques pays européens où les gens vivent tranquillement grâce à de gigantesques transferts sociaux, pour prôner un tel programme."
 
Damien Grenon/Photo12/AFP
Article Abonné

Un processus, plus qu'une révolution. Au radicalisme vert, l'ancien ministre oppose une "écologisation" de la société, étape par étape. Plus efficace, assure-t-il.

Connu pour professer la "realpolitik" en matière de relations internationales, Hubert Védrine applique la même grille de lecture pragmatique au thème majeur du siècle : l'écologie. L'ancien ministre des Affaires étrangères socialiste ne mâche pas ses mots quand il évoque les "gauchistes" écolos qui rêvent du grand soir - le capitalisme par-dessus bord et la décroissance pour tous. "A trop embrasser mal étreint", dit-il. Lui parle de "processus" et de pédagogie, d'une "écologisation" multisectorielle sur le moyen terme, grâce à l'appui des technologies et des opinions publiques. Un réalisme qui est aussi un pari sur l'avenir.  
L'Express : Aux yeux des écologistes radicaux, le coronavirus est l'occasion à saisir pour en finir avec le capitalisme. Les pro-business acharnés, eux, ne jurent que par une reprise accélérée de l'activité du "monde d'avant". On tourne en rond ?  
Hubert Védrine : Ce qui nous a fait beaucoup tourner en rond, c'est, d'un côté, l'excès d'utopie des écologistes, qui se focalisent de façon obsessionnelle sur le seul nucléaire et non sur la réduction du charbon, et, de l'autre, les forces économiques, politiques, ou idéologiques qui ont longtemps rejeté en bloc l'écologie. Ces positions ne sont plus tenables. Depuis les Lumières, la culture occidentale est fondée sur la distinction, voire le combat, entre la nature et la culture. Mais les mentalités ont évolué, dans l'opinion comme dans les cercles économiques. De très nombreux décideurs, investisseurs, chefs d'entreprise sont maintenant convaincus qu'ils ne peuvent plus ne pas tenir compte du paramètre écologique. Et ce, même dans un pays comme les Etats-Unis dirigés par Donald Trump. J'ajoute que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a assuré qu'elle maintenait son Green Deal, coronavirus ou pas.  
N'accordons-nous pas une confiance excessive à notre inventivité technologique pour nous sortir de l'impasse ?  
Bien que la science ne suffise pas, la défiance envers celle-ci serait la plus antiécologique des attitudes. Quand nous saurons capter l'énergie solaire et la conserver sur une très longue durée (avec des batteries nouvelles, posant moins de problèmes écologiques), la question énergétique mondiale sera presque réglée. Le débat n'est plus "pour ou contre l'écologie", mais "à quel rythme, et avec quels moyens, pouvons-nous avancer". En admettant que, pour l'heure, il nous est impossible de nous passer du nucléaire, qui lui n'émet pas de CO2. Faute de pouvoir tout régler dans la minute, nous devons donc entrer dans un processus dynamique "d'écologisation", terme que j'emprunte au philosophe Bruno Latour.  
L'objectif n'est pas de "convertir" l'humanité entière à l'écologie, parce que nous n'y arriverons pas. Il n'y a pas de "chemin de Damas". Ce que nous devons faire, c'est rendre toutes les activités humaines, partout dans le monde, les plus écologiques possible, en usant de pédagogie, en procédant étape par étape et en proposant des solutions, pas des slogans. Il faut raisonner sur vingt à trente ans.  
N'est-ce pas beaucoup trop lointain ?  
Vous avez une autre solution ? Le maximalisme ne mène à rien. Les partis verts se vantent de réaliser un score de 15% aux élections, mais 15%, compte tenu de l'enjeu dramatique, c'est très peu. Ils devraient être à 40 ou à 50%, ce qui n'arrivera pas. Pour convaincre, ils doivent proposer des solutions et des calendriers réalistes. Et, quoi qu'il en soit, cette urgence va s'imposer à tous les partis. Prenez l'exemple de la consommation de viande dans les pays développés.  
On abat des forêts - par parenthèse ce qui "déconfine" les virus - pour planter des aliments destinés au bétail, que l'on exporte. Si l'on supprimait cette filière du jour au lendemain, on mettrait au chômage des dizaines, voire des centaines de millions de gens dans le monde vivant de l'industrie de la viande (jusqu'à nos bouchers !) Comment voulez-vous que les Brésiliens, les Africains ou les Indonésiens ne renvoient pas dans les cordes sur ces sujets l'Occident développé en le traitant de colonialiste! Et les éleveurs et les bouchers, chez nous ? Il faut une transition, un calendrier.  
L'écologie est-elle désormais un enjeu géopolitique ?  
Elle le sera de plus en plus. Voyez le débat autour de l'OMS. Le monde des relations internationales est longtemps resté indifférent aux questions environnementales, bien que des précurseurs comme René Dumont, Jacques-Yves Cousteau, Jean Malaurie, etc aient éveillé l'opinion et que des partis "verts" sont apparus dans les années 70 essentiellement en Allemagne - par un malentendu, contre le nucléaire. L'élément nouveau, déjà manifeste avant le virus, est que le climat est devenu pour partie un enjeu global, grâce à la COP 21, pilotée par Laurent Fabius en 2015.  
Va-t-on vers une redéfinition du concept de puissance des Etats qui seraient évalués en fonction de leur impact sur l'équilibre environnemental de la planète ?  
Oui, mais à la marge. Constatons d'abord qu'après avoir baigné pendant trente ou quarante ans dans l'idéologie mondialiste et européiste, les citoyens se sont tournés à nouveau vers la puissance publique, les Etats ou régions. Ensuite, comme je le soulignais, la question écologique s'impose peu à peu dans toutes les décisions - regardez la Chine, qui, il y a encore vingt ans, prétendait que les cris d'alarme environnementaux étaient une invention des Occidentaux pour les empêcher de se développer.  
Elle a fini par changer de discours, en raison de la pollution insoutenable de ses grandes villes. Mais les éléments classiques de la puissance n'ont pas disparu pour autant : la démographie, qui peut être à la fois un atout, un handicap ou un risque (Inde, Chine, Afrique) ; le poids économique et monétaire ; la capacité de recherche, d'investissement, la force militaire. Sans la puissance du dollar, les Etats Unis ne pourraient pas adopter des lois extraterritoriales scandaleuses pour sanctionner des entreprises étrangères qui ne gênent pas ses intérêts économiques ou géopolitiques. Je pense que nous en viendrons à considérer comme des "Etats voyous" certains pays qui font obstacle au processus d'écologisation, en continuant à exploiter de la même manière le charbon (Chine), à dévaster les forêts (Brésil), etc. Mais nous n'en sommes pas là.  
L'impératif environnemental peut-il contribuer à relancer l'Union européenne ?  
En tout cas, le "Green Deal" présenté par Ursula von der Leyen va dans la bonne direction. En réalité, l'Europe ne fonctionne pas si mal et mon pronostic est qu'elle ne changera plus beaucoup sur le plan institutionnel. Dans aucun pays européen les citoyens n'ont envie que Bruxelles s'occupe de tout. Ce que l'UE doit faire, c'est encourager la réindustrialisation de l'Europe dans le sens de l'écologisation.  
Les activités nuisibles à l'environnement devraient être déduites dans le calcul de la richesse de chaque Etat, selon vous ?  
Oui, c'est ce que j'appelle le PIB écologique, l'E-PIB. Aujourd'hui, le calcul économique ignore les coûts environnementaux. Il faudrait intégrer dans le calcul du PIB les externalités négatives - la destruction d'une forêt, des rejets dans une rivière, le CO2. La première mesure serait une taxe carbone. Cela changerait le calcul de ce qui est rentable ou non.  
Les écologistes gauchistes pensent qu'il faut abandonner le capitalisme pour préserver la planète. Mais le bilan écologique de l'Union soviétique était pire ! Abandonner le capitalisme, qui existe depuis des siècles, qu'est-ce que cela veut dire ? Il n'y a pas à choisir entre l'écologie ou le marché, mais à faire entrer dans les mécanismes du marché le coût écologique et l'intérêt de l'investissement écologique.  
Prôner la décroissance vous semble-t-il une absurdité ?  
Globalement, oui, et c'est contre-productif. En revanche, s'il s'agit de faire décroître la croissance polluante, donc prédatrice, je suis évidemment d'accord. Mais comment expliquer cela à des Indiens, à des Africains qui, pour beaucoup, n'ont même pas accès à l'eau potable ? Ces populations n'ont qu'une idée en tête : sortir de la misère. Je ne suis pas du côté de ceux qui pensent qu'on peut convaincre 8,9 milliards d'individus de rester pauvres. L'humanité ne veut pas décroître ! Il n'y a qu'une petite minorité, dans quelques pays européens où les gens vivent tranquillement grâce à de gigantesques transferts sociaux, pour prôner un tel programme.  
Sortons du débat simpliste entre croissance et décroissance et redéfinissons le contenu de cette croissance. Adoptons un calendrier, lançons un processus. Reverdir le Sahel, du Sénégal jusqu'à Djibouti, en plantant une grande barrière d'arbres pour lutter contre l'avancée du désert demandera des investissements, la mise en route de grands travaux, l'embauche de main-d'oeuvre, le développement du solaire... Tout cela, c'est de la croissance.  
Peut-on rectifier les effets néfastes de l'activité humaine sans mettre un frein à la mondialisation ?  
Bien sûr. C'est une question de règles et de progrès scientifique. La mondialisation a connu plusieurs périodes depuis le moment où Sapiens est sorti d'Afrique pour conquérir le monde ! Ces dernières décennies, nous sommes passés à une globalisation sino-américaine, celle que décrit Jean Michel Valantin dans L'Aigle, le Dragon et la Crise planétaire (Seuil).  
Depuis que Deng Xiaoping a libéré l'énergie de la Chine, dans les années 1970, ce pays n'a cessé de se développer jusqu'à devenir le n°1 bis mondial en alliance avec les Etats-Unis. Un pacte implicite s'est mis en place entre ces deux superpuissances. Les Américains, suivis par beaucoup d'Européens et en particulier des Français, ont vu une opportunité extraordinaire d'aller produire à bas coût en Chine. Celle-ci est devenue l'atelier du monde, sans que nul se préoccupe des conséquences d'une telle évolution ni sur les classes moyennes des pays occidentaux ni sur l'environnement. Ce deal a été rompu par Trump.  
Comment l'écologie doit-elle s'articuler avec le politique ?  
Elle va imprégner tous les programmes. L'action gouvernementale doit la prendre en compte autrement. Un "vice-premier ministre chargé de l'écologisation" serait bien plus efficace qu'un simple ministre de l'écologie qui ne traite qu'une partie, avec un pouvoir d'alerte et d'appel, mais pas de gestion directe. Pour écologiser, pas besoin d'employer des mots grandiloquents ni de faire de la morale. Il faut proposer des solutions, des chemins, des calendriers.  
Que pensez-vous de l'idée d'une troisième chambre au Parlement, avancée par Nicolas Hulot dans son manifeste, qui serait composée de citoyens tirés au sort et ne traiterait que des problématiques écologiques ?  
J'ai moi-même proposé, à partir d'une idée de Robert Lion [haut fonctionnaire et militant écologiste] et de Jacques Attali, une "Chambre des générations futures". Elle serait une sorte de Giec plus large, composée de scientifiques et de personnalités diverses, qui n'aurait pas le pouvoir de voter ni de décider, mais qui indiquerait solennellement chaque année les domaines dans lesquels nous aurions avancé, ceux dans lesquels nous aurions stagné, ceux dans lesquels nous aurions reculé, pour éclairer l'opinion et les décideurs. Une instance dont les membres seraient tirés au sort risquerait de se substituer de façon permanente au vote démocratique. En outre, je crains que cela ne déresponsabilise les institutions classiques et fragilise encore plus la démocratie représentative.