vendredi 25 mars 2016

PLANNING DE FIN D'ANNEE



ECS2 - PLANNING DE FIN D’ANNEE EN HGG

*      COURS :           - mardi 29 mars : fin Partie II C sur les espaces de l’Afr SS et
   début partie III géopolitique
-jeudi 31 mars : fin cours sur l’Afr SS et conclusion 1H

*      ANALYSE DES ANNALES : -jeudi 31 mars : tableau d’analyse des sujets de concours
Sujets potentiels
Correction rapide DS7 remise copies

                                               -libération des cours : 2 avril midi ap le dernier DS

*    ENTRAINEMENTS : semaine optionnelle sur créneaux de cours et de colles :
-          Lundi 4 avril 10-12h : sujets de dissertation (entraînements et corrigés)
-          Mardi 5 avril 14h-16 : analyse de carte (ECRICOME)
-          Mardi 5 avril 16-19h30 : RDV individuels ou par trinômes (inscription obligatoire)
-          Jeudi 7 avril 8-10h : sujets croquis et/ou de dissertation
-          A noter : RDV individuel possible lundi, mardi et jeudi 7h45 ou 16h

jeudi 24 mars 2016

Corrigé du CB

L’Union européenne entre élargissement, approfondissement et fragmentation ?
                La construction européenne est, selon Jacques Delors, ancien Président de la Commission européenne dans les années 1980, un O.P.N.I., soit un objet politique non identifié.  A chaque crise, les négociations parfois nocturnes aboutissent à des décisions toujours  qualifiées de compromis. En effet, née en 1992, l’Union européenne (U.E.) est issue d’un long et complexe processus unique au monde d’entente entre des Etats. Ce processus d’intégration se caractérise par deux grands domaines : le premier est l’approfondissement qui consiste en une convergence économique et politique permise par une série de politiques communes telle que la P.A.C., politique agricole commune. D’abord économique, le passage de la C.E.E. à l’U.E. va marquer, depuis deux décennies la volonté d’un fédéralisme ou du moins d’une unité plus politique qu’auparavant. La question de l’élargissement se pose au même moment, au début des années 1990, avec la fin de la Guerre froide et la fin d’une petite Europe occidentale. Les anciens pays d’Europe de l’Est souhaitent alors rapidement adhérer une organisation qui est déjà passée de 6 à 12. Cette adhésion à la « maison commune » souhaitée par le Polonais va être effective à travers 4 élargissements dont le dernier a concerné la Croatie en 2013 qui en fait le 28ème membre de l’U.E. Or, à ce moment l’U.E. fait face à de multiples difficultés. Edgar Morin en vient même à parler de « déseurope » à l’image du futur référendum britannique qui pourrait augurer le départ d’une grande puissance de l’UE. Au Brexit s’ajoutent le Grexit, qui est plutôt une sortie de la Grèce non de l’UE, mais d’un marqueur de l’approfondissement, la monnaie. Dans le secteur économique, le ralentissement accéléré depuis 2008 inquiète. De même, les dérives autoritaires visibles en Hongrie depuis 2010 et plus récemment en Pologne, questionnent aussi sur les valeurs fondatrices de l’Europe : départ, sortie de l’euro, euroscepticisme… Tous les clignotants de l’actualité européenne sont au rouge, mais depuis quand le mécanisme approfondissement-élargissement est en panne à tel point de provoquer un risque de fragmentation ? Autrement dit, quelles raisons expliquent cette spirale négative et quelles en seraient les remèdes ? Il s’agit donc de voir comment pendant 60 ans, les processus d’approfondissement et d’élargissement se sont renforcés dans une spirale positive qui excluait toute fragmentation, puis, que depuis seulement 10 ans, le dernier élargissement semble avoir cassé l’élan intégrationniste. Au final, il faudra rechercher les facteurs conjoncturels et structurels pour comprendre cette « déseurope » et tenter de proposer une vision prospective réaliste.
I/ Une mécanique approfondissement-élargissement longtemps vertueuse
                A – Un contexte d’affaiblissement et de division favorable.
1°. Le déclin eur aggravé par la SGM
2°. La Gf divise l’Europe et permet la constr eur à l’Ouest atlantiste
3°. Le couple franco-allemand, moteur de la constr eur
B – L’approfondissement économique est la priorité
                                1°. Création progressive d’un vaste marché de ction qui croit avec les élargissements
                                2°. La PAC, pdt lgtps seule vraie pol commune qui profite aux nouveaux et anciens membres
                                3°. Le FEDER : le 1er élargissement relance un nouvel approfondissement
                               4°. Les premières fissures semblent colmatées à Fontainebleau, ms l’ « opt out » est une brèche hist ds l’intégration)
II/ Les élargissements historiques des années 1990 et 2000 entre espoir et déception
                A – Le nouveau contexte post-GF relance l’approfondissement
                               1°. L’espoir énorme de la chute du mur de Berlin
                               2°. L’espoir d’une pol étr eur face au drame des Balkans
                               3°. L’UE, aboutissement du marché des 4 libertés, valeurs communes
                B – De 12 à 28 : les élargissements bloquent un approfondissement qui reste incomplet
                               1°. Un élargissement historique  mal vécus par les peuples de l’ouest comme de l’est
                               2°. Des élargissements qui impliquent un niveau hist d’approfondissement pour des pays pauvres = concilier l’inconciliable ?
                               3°. Les désaccords s’accumulent (Irak 2003) et coups d’arrêts (non Const 2005) = une intégration en échec = pol étr et de défense
III/ Aujourd’hui, une Europe en danger fragmentée fait face à de nouveaux défis qui pose le pb du dessein européen
                A – La multitude des fragmentations et des crises
                               1°. Monétaire et humaine : le double refus bri de l’euro et Schengen et crise grecque
                               2°. Economique : le maintien de l’écart entre ouest et est = limites de l’intégration face aux inégalités terr
                               3°. Politique : populisme et modèle poutinien, reflets du repli identitaire autour de la nation
                               4°. Stratégique : le moteur franco-all en panne : la France seule ne peut relancer la PESC ; l’All leader contesté (euro et migrants)
                               5°. Tout cela illustre une opposition sur le projet eur et en particulier sa finalité
                B – Dangers et scenarios d’une Europe à plusieurs vitesses
                               1°. L’Europe à l’arrêt sous Juncker : plus d’élargissement pour mieux approfondir
                               2°. Les scenarios de Pierre Verluise pour concilier approfondissement et élargissement
                               3°. Le Brexit, danger ou relance d’une Europe autour des 6 hist ?

                Ainsi, la mécanique élargissement-approfondissement, longtemps vertueuse, est depuis les années 2000 en panne. Tant que l’approfondissement a été économique, la dynamique intégratrice a fonctionné car tous les pays européens de l’ouest comme de l’est ont des valeurs ancrées dans le libéralisme. Plus que le problème des limites, c’est celui des approfondissements qui est clivant dans la mesure où il interroge le projet européen : simple outil économique pour développer un vaste marché pour les uns (Britanniques en particulier) ou projet politique véritable qui permettrait une unité approfondie pour les autres (Français et Allemands ?), le désaccord implique une fragmentation inévitable d’autant plus profonde que le budget européen ne peut être à la hauteur des attentes des peuples et que le niveau d’intégration est devenu très élevé, surtout pour des pays de l’Est très en retard. Donc, la fragmentation, si elle a été accélérée par la dernière crise économique, est plus profonde. Elle peut être identifiée au sommet de Fontainebleau où Mitterrand et  Kohl accepte le chèque britannique et la procédure du « opt out », première porte ouverte à une Europe à plusieurs vitesses dans la quelle plusieurs pays vont s’engouffrer : le Royaume-Uni évidemment, mais aussi les Danois ou les Suédois qui, plus tard, vont refuser l’euro. Mais en fait, cette fracture n’est –elle pas historique ? En effet, on peut observer une seconde fracture, plus politique et géopolitique entre le cœur européen (des 6) et les autres pays quant à la pertinence d’une politique étrangère et de défense commune indépendante des Etats-Unis. Le nouveau contexte (problème budgétaire américain, menaces terroriste et russe) est peut-être favorable à l’Union européenne. Cependant, dans l’ambiance pessimiste actuelle, l’UE continue d’avancer (union bancaire), l’Europe a plusieurs vitesses est déjà une réalité ancienne qui illustre l’adaptation des institutions à la réalité de la diversité. Malgré toutes leurs divergences, les peuples et surtout les élites européennes savent que l’unité est nécessaire dans un monde multipolaire où l’Europe pèse de moins en moins. Plus que jamais, « la construction européenne sera la somme des crises et des solutions apportées » (Jean MONNET)…
Sujet 2 : Le poids et l’influence de l’Union européenne et des grandes puissances européennes dans l’évolution récente des périphéries intérieures et des régions proches de l’Europe. 
                En 1992, le traité de Maastricht fonde l’Union européenne, structuré en 3 piliers dont la P.E.S.D., politique européenne de sécurité et de défense. En pleine mutation géopolitique, les grandes puissances européennes, soit l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni et dans une moindre mesure l’Italie et l’Espagne, font face au retour de l’Europe de l’est dans la « maison commune ». Rapidement, va être mis en œuvre une série de négociations visant à un élargissement historique. Au même moment, la guerre civile algérienne pose à nouveau la question des liens entre l’Europe et les pays de sa périphérie méridionale.  Mais quels espaces peuvent être qualifiés de périphériques ? Il s’agit d’espaces moins développés, avec moins de puissances, voire pas du tout, à l’exception de la Russie. Ce sont des espaces vastes que nous pouvons regrouper en trois types : en premier lieu, les périphéries internes concernent les pays les plus pauvres de l’Union européenne, essentiellement l’Europe de l’Est et deux îles, Malte et Chypre. Un second groupe est situé encore plus à l’Est : les pays de l’ancien bloc communiste de l’Est et d’anciennes république de l’ex-URSS comme les Etats du Caucase. Le 3ème groupe est le Proche Orient de la Turquie à l’Egypte au passé parfois colonial. Enfin, l’Afrique du Nord forme le dernier groupe d’Etats périphériques. La Russie appartient-elle au groupe des puissances européenne. En fait, tout dépend à quel moment : sous Eltsine, de 1991 à 1999, la Russie coopère beaucoup avec l’U.E. et les grandes puissances européennes et est dans une situation de faiblesse, marquée par une grave crise économique en 1998. Par contre, l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 1999 va peu à peu modifier la donne géopolitique européenne et va transformer la Russie en une menace réelle ou en tout cas perçue comme telle par les Européens. Cette rupture relationnelle va aboutir à la crise ukrainienne, moment de confrontation entre l’U.E. et la Russie. Ainsi, les espaces, peuples et pays qui entourent les centres de l’U.E. sont majoritairement des périphéries, ils incluent aussi des puissances comme la Russie ou bien la Turquie, candidat à l’adhésion à l’U.E. qui garde cependant une forte souveraineté.
Au final, le sujet implique une analyse des relations commerciales, financières, politiques, diplomatiques et culturelles entre une organisation, qui - malgré certaines divisions - reste un pôle de richesse (1er PIB mondial) et en expansion à travers de nombreux élargissements et de multiples pays beaucoup moins riches, développés et puissants : de quelle manière le concentré de richesse et de puissances qu’est l’U.E. s’impose comme une puissance régionale ? Les crises récentes remettent-elles en question cette puissance ?
I/ L’U.E., une organisation, des valeurs et un concentré de puissances en expansion dont le projet s’oppose à l’influence russe dans les périphéries internes et externes orientales
VALEURS ELARGISSEMENT PECO RATTRAPAGE IDE RUSSIE UKRAINE UNION EURASIATIQUE
II/ L’U.E., pôle de richesse et d’interventionnisme qui reste un modèle pour les marges du Sud (Afrique du Nord, Proche-Orient) et attire encore les peuples et semble être une certaine alternative au Moyen-Orient
MODELE PEV PM INTERFACE PASSE CULTURE PRINTEMPS ARABE ALTERNATIVE AM CRISE SYRIENNE
III/ Mais les divisions internes, les crises économiques et idéologiques ainsi que la nature historique et politique du projet européen limitent sa capacité à en faire auj et peut-être demain une puissance régionale complète
CRISES ECO NATIONALISMES EUROPE MARCHE/FEDERALE MILI OTAN/EU PUISS NORMATIVE SCENARIOS VERLUISE
                Depuis 30 ans, l’U.E. a connu des élargissements historiques, vecteurs de puissance et d’attractivité tant en Europe de l’Est que dans les périphéries méditerranéenne et proche-orientale. La candidature turque, d’un pays nationaliste et souverain, en est un parfait exemple. Cependant, l’U.E., dès sa naissance, est très divisée tant au niveau de son projet entre fédéralistes et souverainistes que de son fonctionnement entre les instances européennes et les grandes puissances qui la composent. A cette division s’ajoute une priorité historique donnée à l’économie. Si cela permet à l’U.E. (via ses entreprises ou ses ONG, d’être influente auprès de ses Etats et peuples voisins), cela fait de l’U.E. une puissance seulement normative, nettement orientée vers le « soft power ». Ainsi, née de la guerre, l’UE est une puissance régionale incomplète qui ne peut agir militairement sans les Etats-Unis, en particulier face à la Russie. Même au Mali, les armées françaises ont eu besoin de la logistique américaine. Accusée de faiblesse et de division, l’UE est vécue par les peuples européens ou voisins comme impuissante. Mais, qu’ont montré et provoqué les interventions militaires occidentales en Irak ou en Libye ? N’est-ce pas une parfaite illustration de ce que Bertrand Badie nomme « l’impuissance de la puissance » ? L’envoi d’observateurs des élections en Afrique ou ailleurs n’est-elle finalement pas plus durable et positive ? L’Europe a-t-elle besoin d’une armée aussi puissante que celle des Etats-Unis ? Pourra-t-on éliminer Daesh par les armes ou par les idées ? « Personne n’aime les missionnaires armés » ROBESPIERRE



jeudi 3 mars 2016

info média : vient de sortir "l'Afrique, la fin de l'euphorie" HS n°3 de conflits

Au moment où va démarrer le festival de géopolitique qu'il a fondé, Pascal GAUCHON, fondateur de conflits, vient de publier un HS consacré à l'Afrique. Voici sa couverture et son sommaire :


mercredi 2 mars 2016

drône italien vers la Libye (source site assez anti-occidental et anti-mondialisation)

Le drone Italie vers la Libye 
Par Manlio Dinucci
Mondialisation.ca, 01 mars 2016




Jouant le rôle d’Etat souverain, le gouvernement Renzi a « autorisé au cas par cas » le départ de drones armés USA de Sigonella (Sicile) vers la Libye et au-delà. On sait qu’en 2011 déjà ce fut un drone Predator Reaper, décollé de Sigonella et télécommandé depuis Las Vegas, qui attaqua en Libye le convoi dans lequel se trouvait Kadhafi, en le poussant dans les mains des miliciens de Misrata.
L’Italie entre ainsi dans la liste officielle des bases des drones étasuniens d’attaque, sous contrôle exclusif du Pentagone, avec des pays comme l’Afghanistan, l’Ethiopie, le Niger, l’Arabie Saoudite et la Turquie. Le ministre des affaires étrangères Gentiloni, précisant que « l’utilisation des bases ne requiert pas une communication spécifique au parlement », assure que cela « n’est pas un prélude à une intervention militaire » en Libye. Alors qu’en réalité l’intervention a déjà commencé : des forces spéciales étasuniennes, britanniques et françaises -confirment le Telegraph et Le Monde- sont en train d’opérer secrètement en Libye.
Depuis le hub aéroportuaire de Pise, limitrophe à la base étasunienne de Camp Darby, décollent en continu des avions de transport C-130 (probablement aussi étasuniens), transportant des matériaux militaires dans les bases méridionales et peut-être aussi dans quelque base en Afrique du Nord.
Dans la base d’Istres, en France (Bouches-du-Rhône), sont arrivés des avions étasuniens KC-135 pour l’approvisionnement en vol des chasseurs-bombardiers français. L’opération n’est pas dirigée seulement vers la Libye. Istres est la base de l’ «opération Barkhane », que la France conduit avec 3mille militaires en Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina-Fasso.
La base militaire d’Istres
Dans cette même zone et au Nigéria opèrent les USA avec des forces spéciales et une base de drones au Cameroun. Toujours selon la motivation officielle de combattre le groupe armé État islamique (EI) et ses alliés. En même temps l’Otan a déployé en mer Egée le Second groupe naval permanent, sous commandement allemand, et des avions radar Awacs (centres de commandement volants pour la gestion du champ de bataille), avec la motivation officielle de « soutenir la réponse à la crise des réfugiés » (provoquée par les guerres USA/Otan contre la Libye et la Syrie).
A cette opération s’est ajoutée la « Dynamic Manta 2016 », exercice Otan en mer Ionienne et dans le Canal de Sicile avec des forces aéronavales d’USA, France, Grande-Bretagne, Espagne, Grèce, Turquie et Italie, qui a fourni les bases de Catane, Augusta et Sigonella.
Ainsi se prépare « l’opération de maintien de la paix sous conduite italienne » qui, sous prétexte de les libérer de l’EI vise à occuper les zones côtières de la Libye économiquement et stratégiquement les plus importantes.
Il ne manque que « l’invitation », qui pourra être faite par un fantomatique gouvernement libyen. Pour l’intervention en Libye, c’est Hillary Clinton qui est en train de faire pression : candidate à la présidence, qui -écrit le New York Times dans un long service- a « l’approche la plus agressive envers les crises internationales ». C’est elle en 2011 qui persuada Obama de rompre les atermoiements. «Le Président signa un document secret, qui autorisait une opération secrète en Libye et la fourniture d’armes aux rebelles », tandis que le Département d’Etat dirigé par Clinton les reconnaissait comme « gouvernement légitime de la Libye ». Les armes, y compris des missiles anti-char Tow et des radar anti-batterie, furent envoyés par les USA et d’autres pays occidentaux à Bengazi et dans certains aéroports. En même temps l’Otan sous commandement étasunien effectuait l’attaque aéronavale, avec des dizaines de milliers de bombes et missiles, en démantelant de l’extérieur et de l’intérieur l’Etat libyen.

Quand en octobre 2011 Kadhafi fut tué, Clinton hurla de joie avec un « Wow ! », en s’exclamant « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ». Nous ne savons pas quel condottiere elle citera pour la seconde guerre en Libye. Nous savons, cependant, qui nous télécommande.
Manlio Dinucci
Edition de mardi 1er mars 2016 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres:  Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.
Avis de non-responsabilité: Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.
Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.info, 2016      

lundi 29 février 2016

Film "Homeland" de Abbas Fahdel : compte-rendu

        Présent dans seulement une vingtaine de salles en France dont celles de l'ABC à Toulouse, le film "Homeland" est un témoignage vif, riche et émouvant. Long de 5 heures, ce film documentaire s'appuie sur la famille du réalisateur et en particulier son neveu Haïdar, très mature et intelligent qui a un regard précis sur son pays.
         La 1ère partie présente l'Irak d'avant la guerre de 2003. On y observe le milieu assez aisé du cinéaste (médecins, ingénieurs) dans un contexte de pénurie alimentaire lié à l'embargo "pétrole contre médicaments" instauré par l'ONU après la 1ère guerre de 1990. L'attente de l'invasion américain pèse sur les populations qui s'y préparent. Un double discours est très net entre, d'une part, le discours officiel de grandeur de la nation irakienne illustrée par leur leader Saddam Hussein et, d'autre part, l'évidence de la défaite. Le film montre aussi une société assez occidentalisée : bcp parle l'anglais ou même le français, décor dans les maisons avec des fresques 17è-18è comme on pouvait en trouver dans les campagnes françaises il y a une  ou deux générations.
       La seconde partie, Irak année zéro est bcp plus intéressante car elle décrit la situation à Bagdad, occupée par l'armée américaine. Loin de tout manichéisme, il montre les 1ers contacts entre les soldats américains et les Irakiens, heureux d'avoir été libérés de leur dictateur. Ex : la ration alimentaire avant payante devient gratuite. Pourtant, les bâtiments publics et infrastructures de l'Etat irakien baassiste ont été détruites de manière très importante. Tous les dirigeants basssites ont été arrêtés. La destruction de l'Etat irakien par les armées de Bush est très visible. Aussi, peu à peu, les Américains sont vus comme des occupants avec des bombardements de maisons incompris des habitants ou des arrestations arbitraires (sur dénonciations). On sent la révolte peu à peu gronder, d'autant plus que pour la 1ère fois Abbas Fahdel nous montre des familles très pauvres vivant dans des bidonvilles. Les pbs de pénurie, le chômage s'aggravant les incidents entre Américains et Irakiens se multiplient. Mais Fahdel montre aussi le rôle des pillards qui saccagent les lieux publics et privés déja mal en point en raison des bombardements. Tout cela participe à une insécurité croissante où de plus en plus de personnes achètent des armes. C'est ainsi, que Haïdar, lors d'une sortie en voiture avec son oncle, est tué... le film s'achève alors par ces dernières paroles 'tonton, je suis blessé".
        Film émouvant et riche encore à l'ABC, en particulier la partie 2, le 1er mars à 18h10 (partie 1 le 29 février, mais la partie 2 peut-être vue sans avoir visionnée la 1ère)

vendredi 26 février 2016

L'enjeu des élections iraniennes selon l'I.R.I.S.

Iran : une élection test pour Rohani et le camp des modérés
Interview
26 février 2016
Le point de vue de Thierry Coville
Les Iraniens sont appelés à voter ce 26 février lors d'un double scrutin pour renouveler le Parlement et l'Assemblée des experts. Dans quel contexte ces élections interviennent-elles et quels sont les enjeux ?
Le contexte politique est assez tendu. Le camp du président Rohani espère confirmer sa victoire de 2013. Il s’agit ainsi pour ce dernier du premier test politique majeur sur le plan intérieur depuis son élection présidentielle. Cela peut lui permettre d’évaluer sa popularité. Il y a actuellement de fortes tensions et on observe deux camps distincts qui font l’objet d’un affrontement politique : celui des ultras, opposés à l’accord sur le nucléaire, à une reprise des relations avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui veulent une version « dure » de la République islamique d’Iran ; et un camp modéré qui regroupe les conservateurs modérés et les réformateurs.
Tout va se jouer autour du taux de participation. Les experts et les informations qui proviennent d’Iran estiment qu’un taux de participation élevé donnerait plus de chances au camp des modérés pour l’emporter.
En parallèle, l’élection de l’Assemblée des experts est également importante. Des rumeurs avancent que le Guide serait très malade. Cette Assemblée aura pour rôle de désigner le prochain Guide. Il y a ainsi, avec la composition future de cette Assemblée, un double enjeu politique. Des figures modérées comme Hachémi Rafsandjani, ou Hassan Rohani lui-même, s’y sont portées candidats.

Quelles sont les revendications des différents camps politiques et de la population iranienne ?
La campagne a été très courte car elle n’a duré qu’une semaine. Il s’agit d’un affrontement politique général. Chacun essaie d’affirmer son appartenance à l’un des deux camps. Il n’y a pas véritablement de slogans qui se distinguent. Voter pour les modérés revient à voter pour la politique de normalisation des relations avec l’extérieur, d’ouverture économique, et à une approbation de la politique de Rohani. On assiste avant tout à l’affrontement de deux conceptions, de deux manières de gérer le pays.
Les gens sont dans l’ensemble satisfaits de l’accord sur le nucléaire. Il y a néanmoins un mécontentement concernant la situation économique dont les gens espèrent une amélioration. Les opposants au président Rohani jouent beaucoup sur cet aspect, en occultant la réalité de la levée des sanctions. C’est donc sur le terrain économique que va se concentrer Rohani pour essayer d’accompagner le redémarrage de l’économie iranienne qui va intervenir grâce à la fin des sanctions. Il va tenter de mettre en place un certain nombre de réformes pour améliorer l’environnement des affaires et attirer les investissements étrangers. Il devra notamment développer le secteur privé, continuer à réduire les subventions sur l’énergie, etc. C’est l’attente principale de la population iranienne. Il y a par ailleurs d’autres revendications, relatives aux femmes, aux jeunes, à davantage de libertés individuelles. Les réformateurs veulent la libération des dirigeants du Mouvement vert toujours en résidence surveillée. Il y a également des revendications politiques et sociétales, mais, encore une fois, la priorité demeure la situation économique.

Quel impact l’issue de ces élections peut-elle avoir sur la poursuite de la politique d’ouverture initiée par le président Rohani ? La levée des sanctions joue-t-elle en sa faveur ? Quelle est selon vous la capacité du régime à se réformer ?
L’issue de ces élections est majeure. Le parlement a un pouvoir de nuisance important, qu’il ne s’est d’ailleurs pas privé d’user depuis l’élection de Rohani. Il serait beaucoup plus facile pour le président iranien d’avoir un parlement qui puisse travailler avec lui afin de mener des réformes et une politique économique qui aille dans le sens de l’ouverture. Cela ferait pencher le rapport de force politique en sa faveur et permettrait d’avoir un impact sur la politique étrangère iranienne, notamment avec un rôle plus actif de la diplomatie iranienne dans les crises régionales. Ces élections sont très importantes pour la suite du mandat de Rohani.
Concernant la levée des sanctions, la réponse est à la fois oui et non. Oui, car Rohani peut indiquer à la population iranienne que sa politique fonctionne car les sanctions ont été levées, et non, parce que la levée des sanctions est trop récente pour que cela se soit traduit concrètement par une amélioration de la situation économique quotidienne de la population. Rohani tente de faire passer le message que sa politique est efficace et que les Iraniens verront la situation s’améliorer dans les prochains mois.
Enfin, il est difficile de répondre à la question de la capacité du régime à se réformer. Si les forces modérées, qui souhaitent l’ouverture intérieure et extérieure, arrivent à être de plus en plus actives dans le système, cela permettra au régime de se réformer graduellement. C’est le message que les modérés adressent aux plus durs. Personne ne veut un scénario identique à celui de 2009 où des millions de personnes protestaient dans la rue contre le régime. Cette étape est cruciale pour voir si le régime a la capacité d’ouvrir la porte aux forces modérées du pays qui représentent les aspirations d’une grande partie de la société civile.
Sur la même thématique

mercredi 24 février 2016

Action française en Libye

La France mène des opérations secrètes en Libye

LE MONDE | • Mis à jour le | Par
Un membre des forces spéciales françaises. En Libye, l’objectif n’est pas de gagner une guerre mais de frapper l’encadrement de l’EI, dans l’idée de freiner sa montée en puissance.
Un membre des forces spéciales françaises. En Libye, l’objectif n’est pas de gagner une guerre mais de frapper l’encadrement de l’EI, dans l’idée de freiner sa montée en puissance. - / AFP

Des frappes ponctuelles très ciblées, préparées par des actions discrètes voire secrètes : en Libye, telle est la ligne de conduite de la France face à la menace de l’organisation Etat islamique (EI). Un haut responsable de la défense française indique au Monde : « La dernière chose à faire serait d’intervenir en Libye. Il faut éviter tout engagement militaire ouvert, il faut agir discrètement. »

La ligne fixée par le président François Hollande repose pour l’heure sur des actions militaires non officielles. Elles s’appuient sur des forces spéciales – leur présence, dont Le Monde a eu connaissance, a été repérée dans l’est de la Libye depuis mi-février par des blogueurs spécialisés. Ce n’est pas tout. Plusieurs sources ont indiqué au Monde que la lutte contre les terroristes pouvait couvrir des opérations clandestines, menées par le service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Les premières engagent la France car leurs soldats, même très discrets, agissent sous l’uniforme. Les secondes sont aussi assurées par des militaires mais restent invisibles.

Frapper l’encadrement de l’EI

Ces deux composantes sont considérées, dans la doctrine militaire, comme des « précurseurs », en l’absence de cadre disponible pour une guerre ouverte. Ces moyens, dits d’« ouverture de théâtre », ne préjugent toutefois pas d’une future opération en bonne et due forme.
En Libye, l’objectif n’est pas de gagner une guerre mais de frapper l’encadrement de l’EI, dans l’idée de freiner sa montée en puissance. Une action menée de concert par Washington, Londres et Paris, comme l’a de nouveau illustré le raid américain du 19 février contre un cadre tunisien de l’EI à Sabratha, une ville de l’Ouest libyen située à une soixantaine de kilomètres de Tripoli.
Considéré comme le plus haut responsable de l’EI en Libye, l’Irakien Abou Nabil avait, lui, été tué à Derna, en novembre 2015, par un bombardement similaire. Selon les informations du Monde, cette frappe a été initiée par Paris.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2016/02/24/la-france-mene-des-operations-secretes-en-libye_4870605_3210.html#8I2vGiUIwdTwSpCd.99