vendredi 16 mars 2018

Les Philippines et la CPI

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vendredi 9 mars 2018

La nouvelle fracture Est-Ouest au sein de l'Union européenne

Carte : cette Europe qui dit non à Bruxelles

Publié le 
Mémoire de l’emprise soviétique, angoisse démographique, peur de disparaître : pour toutes ces raisons, les pays d’Europe centrale et orientale s’écartent du reste du continent. Leurs dirigeants jouent la partition du nationalisme et défient l’Union européenne.

Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque – les quatre pays du “Groupe de Visegrad” ne se reconnaissent pas dans les valeurs démocratiques de l’Ouest. Ils n’hésitent plus à revendiquer leur différence, et font le lit des partis populistes. Pour les comprendre, il faut “une lecture est-européenne de la crise […] qui secoue l’UE”, explique le politologue bulgare Ivan Krastev. Ils ont vécu le krach du communisme dans leur chair, l’intégration ratée de “l’Autre” - les Roms dans leurs sociétés – et face à l’afflux des migrants, ils se sentent comme “des majorités menacées”. L’Europe de l’Ouest doit prendre conscience des traumatismes vécus, si elle veut contrer cette “offensive réactionnaire”.
Vingt-huit ans après la chute du Mur, le rideau de fer est toujours là : alors que Vladimir Poutine avance ses pions en Europe, le tout jeune chancelier autrichien Sebastian Kurz pourrait bien jouer le rôle de médiateur entre l’Est et l’Ouest.
  • D’Istanbul à Helsinki, une pléiade de mini-Poutine

Avançant méthodiquement ses pions en Europe, le président russe Vladimir Poutine s’est constitué une véritable “collection du Kremlin” rassemblant notamment son homologue hongrois Viktor Orbán, et le dirigeant tchèque, récemment réélu, Milos Zeman réputé proche de Moscou, soutient Magyar Nemzet. “Ces amis de la Russie refusent de se laisser dicter leur conduite par Bruxelles ou Washington, et revendiquent la défense de leurs intérêts nationaux au même titre que Trump”, précise le quotidien de Budapest, qui inclut le président slovaque Robert Fico, le parti d’extrême droite allemand AfD, le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président finlandais Sauli Niinistö et le président chypriote Nicos Anastasiades dans ce large cercle s’étendant d’Istanbul à Helsinki. Pour l’auteur de l’article, il s’agit surtout d’une tentative de “renaissance conservatrice” à la faveur de l’affaiblissement des élites traditionnelles et de la crise de la mondialisation.
  • Croatie : à l’est, toute !

Depuis son adhésion en 2013 à l’UE, la Croatie est retombée dans la démagogie nationaliste et s’écarte des valeurs européennes, accuse Novi List. Selon le quotidien de Rijeka, les exemples ne manquent pas. “C’en est fini de la mentalité de soumission, nous sommes maîtres chez nous, nous n’avons de comptes à rendre à personne, nous n’avons pas à nous justifier”, a déclaré Milijan Brkic, le vice-président de la HDZ, parti conservateur au pouvoir. “Dans l’univers de Brkic, l’UE n’existe pas, la communauté internationale et ses lois non plus, commente le journal. Le révisionnisme historique [concernant le rôle du régime croate pronazi pendant la Seconde Guerre mondiale], et l’offensive des fondamentalistes catholiques sur les valeurs séculières, notamment dans la sphère politique et l’éducation, rangent la Croatie plutôt du côté des pays de l’Est. Quatre ans après son adhésion, la Croatie refait le chemin à l’envers.
  • Le Rideau de fer toujours présent

“Rares sont ceux qui auraient cru, lors de l’enthousiasme postcommuniste de 1990, que le fossé creusé par le Rideau de fer serait à ce point durable,” constate à Bucarest l’analyste roumain Valentin Naumescu. Pire, explique-t-il sur le site généraliste HotNews.ro, “face à une Europe occidentale qui tente de se débarrasser des États-Unis de [Donald] Trump, qui favorise le renforcement d’un tandem franco-allemand n’acceptant plus les refus de l’Europe centrale, l’Est riposte par le renforcement du groupe de Visegrad, mais aussi par le lancement de l’Initiative des trois mers [pour le rapprochement commercial de 12 pays membres de l’UE bordant les mers Baltique, Noire et Adriatique]”.
“L’occasion est trop belle pour Trump, poursuit l’auteur, qui renforce la présence et la stratégie américaines en Europe centrale. Les investissements stratégiques y sont en effet moins coûteux qu’en Occident […], elle est plus accessible et bien plus disposée à accepter la domination américaine, d’autant qu’elle redoute toujours autant la menace historique irréductible de la Russie”. Est-ce là, se demande Naumescu, la conséquence du fossé entre l’Est et l’Ouest, ou bien “l’Occident, qui a gagné toutes les guerres, est-il en train de perdre la paix ?”
  • Sebastian Kurz, médiateur entre l’Est et l’Ouest

Le jeune chancelier autrichien, Sebastian Kurz, a fermement écarté l’idée que son pays rejoigne le Groupe de Visegrad : “Nous nous voyons comme une tête de pont dans l’Union européenne. Je voudrais une coopération étroite avec l’Allemagne et la France ainsi que d’autres pays. Et je voudrais en même temps un bon contact avec l’est de l’Europe.” Ainsi a-t-il résumé sa position après son arrivée au pouvoir, en décembre dernier, à la tête d’une coalition de droite et extrême droite (ÖVP-FPÖ).“Orbán d’un côté, Macron de l’autre – ce sont les deux pôles entre lesquels Kurz entend se mouvoir dans les années qui viennent. Dans cette configuration, Merkel ne joue qu’un rôle subalterne”, interprète Die WeltAlors que l’Autriche s’apprête à assurer la présidence du Conseil européen au deuxième semestre 2018, “Kurz va-t-il rebattre les cartes en Europe comme il le fait dans son pays ?”,  s’interroge le quotidien conservateur berlinois. L’Allemagne n’a pas oublié que, lors de l’afflux massif de réfugiés en 2015, Sebastian Kurz, alors ministre des Affaires étrangères, s’est montré plus proche du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, que d’Angela Merkel. Dans cette phase charnière de l’histoire européenne, “les alliances et les équilibres en Europe peuvent sensiblement bouger”, confirme un diplomate européen.

mercredi 28 février 2018

Négociations UE-RU : un Brexit compliqué...

Brexit : Londres rejette fermement la proposition de Bruxelles sur l’accord de divorce

La question de la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord demeure le point de blocage.
LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par 
La première ministre britannique Theresa May, le 28 février à Londres.

Il aura fallu à peine plus d’une demi-heure mercredi 28 février au gouvernement britannique pour rejeter avec véhémence la proposition d’accord de divorce préparée par la Commission européenne sur le Brexit. « Aucun premier ministre britannique ne pourrait jamais l’accepter, a lancé Theresa May devant la Chambre des communes, lors de la séance hebdomadaire des questions à la première ministre. Je dirai de façon très claire au président [de la Commission européenne, Jean-Claude] Juncker et à d’autres que nous ne l’accepterons pas. »

Le contentieux concerne la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Bruxelles propose de créer une « aire réglementaire commune » entre les deux Irlandes, afin d’éviter le retour d’une frontière physique entre elles. Selon Mme May, « l’intégrité constitutionnelle » du Royaume-Uni serait mise en danger par la proposition européenne. Le langage est particulièrement peu diplomatique et rejoint un concert de protestations au Royaume-Uni« Grotesque, inacceptable », estime Christopher Montgomery, un ténor du Parti unioniste démocrate (DUP, parti unioniste nord-irlandais). « Ça ne peut pas être accepté, ni par nous, ni par le gouvernement britannique », renchérit Nigel Dodds, un député DUP. « Cela revient à une annexion de l’Irlande du Nord par l’Union européenne », estime David Jones, un député conservateur, ancien secrétaire d’Etat au Brexit.
Européens et Britanniques sont d’accord sur le principe : il ne faut pas réintroduire de frontière visible, qui risquerait de rouvrir les plaies des années de violence entre unionistes et républicains (3 500 morts entre 1969 et 1998). La question est de savoir comment y parvenir. Pour l’UE, la solution la plus simple est que le Royaume-Uni reste dans le marché unique et l’union douanière, les deux dispositifs qui permettent la circulation des marchandises et des personnes sans vérification. Mais Mme May l’a exclu.
En décembre 2017, Londres et Bruxelles avaient trouvé un compromis particulièrement ambigu, en trois étapes. D’abord, le Royaume-Uni s’engageait « à proposer une solution spécifique » sur l’Irlande du Nord. Mais, en son absence, il acceptait de « maintenir l’alignement complet » avec le marché unique et l’union douanière. Dans le même temps, pour rassurer les unionistes, le texte assurait aussi qu’il n’y aurait pas non plus de frontière « est-ouest » passant dans la mer d’Irlande, qui séparerait le Royaume-Uni en deux : en clair, les contrôles douaniers ne se feraient pas au niveau des ports et des aéroports de l’île d’Irlande. Reste que ces trois objectifs contradictoires ne disaient toujours pas comment y parvenir.

« L’Irlande du Nord est utilisée politiquement »

Depuis, la Commission européenne s’est attelée à traduire cet accord politique en texte juridique. Le résultat, publié ce mercredi, n’a pas du tout plu aux Britanniques. Il souligne que Londres peut effectivement proposer une solution spécifique au problème irlandais s’il en trouve une. Mais, en son absence, le texte détaille dans un protocole séparé ce que signifierait ce fameux « alignement complet » avec le marché unique et l’union douanière.
Il va très loin, précisant que la Cour de justice de l’Union européenne devrait rester compétente sur l’Irlande du Nord, ce qui va à l’encontre des lignes rouges de Mme May. « Le territoire de l’Irlande du Nord sera considéré comme faisant partie de l’union douanière de l’UE », précise-t-il. Les différents régulateurs britanniques (environnement, santé…) n’auraient pas l’autorité de vérifier les biens arrivant en Irlande du Nord, cette tâche revenant aux organismes européens.
De quoi faire bondir Mme May :
« La proposition de texte, si elle était appliquée, mettrait à mal le marché unique britannique, et mettrait en danger l’intégrité constitutionnelle du Royaume-Uni en créant une frontière douanière et régulatrice dans la mer d’Irlande. »
Boris Johnson, le ministre des affaires étrangères, estime qu’il s’agit d’une manœuvre politique de Bruxelles :
« L’Irlande du Nord est utilisée politiquement pour garder le Royaume-Uni dans l’union douanière et le marché unique, pour qu’on ne sorte pas vraiment de l’UE. »

John Major appelle à un deuxième référendum

La réaction virulente des conservateurs et du DUP est cependant mise à mal par l’opposition travailliste, qui a proposé lundi de rester dans l’union douanière européenne. « La guerre rhétorique entre l’UE et le Royaume-Uni doit cesserestime Keir Starmer, le porte-parole des travaillistes sur le Brexit. L’échec de Theresa May à offrir une solution viable sur l’Irlande du Nord revient la hanter. »
Pire encore pour Mme May, l’ancien premier ministre John Major a fait une sortie très remarquée. Lui qui prend peu la parole estime que rester dans l’union douanière est la seule solution sur la question irlandaise. Dans un long discours, il a aussi appelé à un deuxième référendum, cette fois-ci sur les modalités de la sortie de l’UE.
Cette confusion politique survient alors que Mme May doit prononcer, vendredi 2 mars, un grand discours sur le Brexit. Elle doit en principe faire des propositions plus détaillées sur la façon dont elle espère régler la sortie de l’UE. Elle sera écoutée très attentivement à Bruxelles, comme à Londres.